‹ ŒuvresChapitre 129 sur 279 · PARTIE II , LETTRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE II , LETTRE IV

de L'accablement où tu m'as réduite; achève, puisque tu as commencé; supplée à mon courage abattu; pense pour celle (|ni ne pense plus que par toi. Enfin, tu lis dans eecu'iuqui L aime, tu le connois mieux que moi. Apprends-moi donc ce que je veux ; et choisis à ma place, quand je n ai plus la force de vouloir, ni la raison de choisir.

Relis la lettre de ce généreux Anglois; relis-la mille fois, mon ange. Ah! laisse-toi toucher au lahleau charmant du honheur que L'amour, la paix, la vertu , peu? vent me promettre encore ! Douce et ravissante union des âmes, délices inexprimables même au sein des remords! dieux! que seriez-vous pour mon cœur au Sein de la foi conjugale? Quoi! le bonheur et l'innoi cence seraient encore eu mon pouvoir! Quoi ! je pourrois expirer d'amour et de joie entre un époux adoré et les chers gages de sa tendresse !... Et j'hésite un seul moment! et je ne vole pas réparer ma faute dans les taras de celui qui me la fit commettre ! et je ne suis pas déjà femme vertueuse et chaste mère de famille ! . . . Oh ! que les auteurs de mes jours ne peuvent-ils me voir sortir de mon avilissement ! que ne peuvent-ils être témoins de la manière dont je saurai remplir à mon tour les devoirs sacrés qu'ils ont remplis envers moi ! . . . Et les tiens, fille ingrate et dénaturée, qui les remplira près d'eux , tandis que tu les oublies? Est-ce en plongeant le poignard dans le sein dune mère que lu te prépares à le devenir? Celle qui déshonore sa famille apprendra-t-ellc à ses enfants à l'honorer? Digne objet île 1 aveugle tendresse d'un père et dune mère idolâtres, abandonne-les au regret de t avoir fait naître:

28o LA NOUVELLE HÉLOÏSE.

couvre leurs vieux jours de douleur et d'opprobre...

et jouis, si tu peux, d'un bonheur acquis à ce prix !

Mon Dieu ! que d horreurs m'environnent ! quitter furtivement son pays , déshonorer sa famille, abandonner à-la-fois père, mère, amis, parents, et toimême ! et toi , ma douce amie ! et toi , la bien-aimée de mon cœur ! toi dont à peine, dès mon enfance , je puis rester éloignée un seul jour ; te fuir, te quitter, te perdre, ne te plus voir!... Ah! non : que jamais... Que de tourments déchirent ta malheureuse amie ! elle sent à-la-fois tous les maux dont elle a le choix , sans qu'aucun des biens qui lui resteront la console. Hélas ! je m'égare. Tant de combats passent ma force et troublent ma raison ; je perds à-la-fois le courage et le sens. Je n ai plus d'espoir qu'en toi seule. Ou choisis, ou laisse-moi mourir.

LETTRE V

RÉPONSE

Tes perplexités ne sont que trop bien fondées, ma chère Julie ; je les ai prévues et n'ai pu les prévenir ; je les sens et ne les puis apaiser ; et ce que je vois de pire dans ton état, c est que personne ne t'en peut tirer que toi-même. Quand il s'agit de prudence , lamitié vient au secours d'une ame agitée ; s'il faut choisir le bien ou le mal, la passion qui les méeonnoît peut se taire devant un conseil désintéressé. Mais ici, quelque parti que tu prennes, la nature l'autorise et le con-

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