PARTIE II, LETTRE VI
vous une estime éclairée ne vous a point trompé. Il est digne de tout ce que vous ave/ l'ait pour lui sans le bien connoitre ; vous ferez plus encore, sil est possible , après lavoir connu. Oui, soyez son consolateur, son protecteur, son ami, son père; c est à-lnlois pour vous et pour lui que je vous en conjure: il justifiera votre confiance, il honorera vos bienfaits; il pratiquera vos leçons, il imitera vos vertus, il apprendra de vous la sagesse. Ab! riildrd, sil devient entre vos mains tout ce qu il peut être, que vous serez fier un jour de votre ouvrage !
LETTRE VII
DE JULIE
Et toi aussi , mon doux ami ! et toi Tunique espoir de mon cœur, tu viens le percer encore quand il se meurt de tristesse! «fétois préparée aux coups de la fortune , de longs pressentiments me les avoient annoncés ; je les aurois supportés avec patience : mais toi pour qui je les souffre!... Ah! ceux qui me viennent de toi me sont seuls insupportables, et il m'est affreux de voir aggraver mes peines par celui qui devoit me les rendre chères. Que de douces consolations je m'étois promises qui s évanouissent avec ton courage! Combien de fois je me flattai que ta force animeroit ma langueur, que ton mérite effaceroit ma faute , que tes vertus relèvcroient mon ame abattue ! Combien de fois j'essuvai mes larmes amères en me
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disant, Je souffre pour lui, mais il en est cligne; je suis coupable, mais il est vertueux; mille ennuis m assiègent, mais sa constance me soutient, et je trouve au fond de son cœur le dédommagement de toutes mes pertes ! Vain espoir que la première épreuve a détruit ! Où est maintenant cet amour sublime qui sait élever tous les sentiments et faire éclater la vertu? Où sent ces fières maximes? Qu'est devenue cette imitation des grands hommes? Où est ce philosophe que le malheur ne peut ébranler, et qui succombe au premier accident qui le sépare de sa maîtresse ? Quel prétexte excusera désormais ma honte à mes propres Yeux, quand je ne vois plus dans celui qui ma séduite qu'un homme sans courage, amolli par les plaisirs, qu'un cœur lâche, abattu par les premiers revers, qu'un insensé qui renonce à la raison sitôt qu'il a besoin d'elle? O dieu ! dans ce comble d'humiliation devois-je me voir réduite à rougir de mon choix autant que de ma foiblesse?
Regarde à quel point tu t'oublies : ton ame égarée et rampante s'abaisse jusqu'à la cruauté ! tu m'oses faire des reproches ! tu t'oses plaindre de moi !... de ta Julie!... Barbare!... comment tes remords n'ont-ils pas retenu ta main? comment les plus doux témoignages du plus tendre amour qui fut jamais t'ont-ils laissé le courage de inoutrager? Ali! si tu pouvois douter de mon cœur, que le tien seroit méprisable !... Mais non, tu n'en doutes pas, tu n'en peux douter, j en puis défier ta fureur; et dans cet instant même où je hais ton injustice , tu vois trop bien la source du premier mouvement de colère que j'éprouvai de ma vie.