‹ ŒuvresChapitre 147 sur 279 · VI. oo · texte numérisé non relu

VI. oo

3o6 LA NOUVELLE HÉLOÏSE.

peur étalage qui ne consiste qu'en vains discours; ce fantôme qui n'est qu'une ombre, qui nous excite à menacer de loin les passions , et nous laisse comme un faux brave à leur approche. Daignez ne pas m'abandonner à mes égarements ; daignez rendre vos anciennes bontés à cet infortuné qui ne les mérite plus , mais qui les désire plus ardemment et en a plus besoin que jamais; daignez me rappeler à moi-même, et que votre douce voix supplée en ce cœur malade à celle de la raison.

ISon, je l'ose espérer, je ne suis point tombé dans un abaissement éternel. Je sens ranimer en moi ce feu pur et saint dont j'ai brûlé ; lexemple de tant de vertus ne sera point perdu pour celui qui en fut 1 objet, qui les aime , les admire, et veut les imiter sans cesse. O chère amante dont je dois honorer le choix! ô mes amis dont je veux recouvrer lestime ! mon amc se réveille et reprend dans les vôtres sa force et sa vie. Le chaste amour et l'amitié sublime me rendront le courage qu'un lâche désespoir fut prêt à m'ôter ; les purs sentiments de mon cœur me tiendront lieu de sagesse : je serai par vous tout ce que je dois être, et je vous forcerai d'oublier ma chute, si je puis m en relever un instant. Je ne sais ni ne veux savoir quel sort le ciel me réserve ; quel qu il puisse être , je veux me rendre digne de ctelui dont j ai joui. Cette immortelle image que je porte en moi me servira d égide, et rendra mon ame invulnérable aux coups de la fortune. IS ai-je pas assez vécu pour mon bonheur ? C est maintenant pour sa gloire que je dois vivre. Ah! que ne puis-je étonner le monde de mes vertus, afin qu'on

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