‹ ŒuvresChapitre 151 sur 279 · PARTIE U, LETTRE XI. 3 i · texte numérisé non relu

PARTIE U, LETTRE XI. 3 i

suu du vice, sur les Gères erreurs des insensés , et qui doit suffire pour diriger au bien la vie de l'homme sage&'est que la source du bonheur n'est tout entière ni dans l'objet désiré ni dans le cœur qui le possède, mais dans le rapport de 1 un et de 1 autre; et que, comme tous les objets de nos désirs ne sont pas propres à produire la félicité, tous les états du cœur ne sont pas propres à la sentir.) Si 1 ame la plus pure ne suffit pas seule à son propre bonheur, il est plus sur encore que toutes les délices de la terre ne sauraient l'aire celui d'un cœur dépravé ; car il y a des deux cotés une préparation nécessaire, un certain concours dont résulte ce précieux sentiment recherché de tout être sensible, et toujours ignoré du faux sage , qui s'arrête au plaisir du moment, faute de connoître un bonheur durable. Que servirait donc d'acquérir un de ces avantages aux dépens de l'autre, de gagner audehors pour perdre encore plus au-dedans , et de se procurer les moyens d être heureux en perdant l'art de les employer? Ne vaut-il pas mieux encore , si 1 on ne peut avoir qu'un des deux , sacrifier celui que le sort peut nous rendre à celui qu'on ne recouvre point quand on l'a perdujJJQui le doit mieux savoir que moi , qui n'ai fait qu'empoisonner les douceurs de ma vie en pensant y mettre le comble? Laisse donc dire les méchants qui montrent leur fortune et cachent leur cœur; et sois sur que, s'il est un seul exemple du bonheur sur la terre, il se trouve dans un homme de. bien. Tu reçus du ciel cet heureux penchant à tout ce qui est bon et honnête : n'écoute que tes propres desirs; ne suis que tes inclinations naturelles; songe

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surtout à nos premières amours : tant que ces moments purs et délicieux reviendront à ta mémoire , il n'est pas possible que tu cesses d'aimer ce qui te les rendit si doux , que le charme du beau moral s efface dans ton aine, ni que tu veuilles jamais obtenir ta Julie par des moyens indignes de toi. Comment jouir d'un bien dont on auroit perdu le goût? ^Non , pour pouvoir posséder ce qu'on aime, il faut garder le même cœur qui Ta aimé.

Me voici à mon second point; car, comme tu vois, je n'ai pas oublié mon métier. Mon ami, l'on peut sans amour avoir les sentiments sublimes d'une ame forte : mais un amour tel que le nôtre l'anime et la soutient tant qu'il brûle ; sitôt qu'il s éteint , elle tombe en langueur, et un cœur usé n'est plus propre à rien. Dis-moi, que serions-nous si nous n aimions plus? Eh! ne vaudroit-il pas mieux cesser d'être que d'exister sans rien sentir? et pourrois-tu te résoudre à traîner sur la terre linsipide vie d'un homme ordinaire , après avoir goûté tous les transports qui peuvent ravir une ame humaine? Tu vas habiter de grandes villes, où ta figure et ton âge, encore plu-, que ton mérite, tendront mille embûches à ta fidélité; l'insinuante coquetterie* affectera le tangage <!<• la tendresse , et te plaira sans t abuser : lu ne chercheras point l'amour, mais les plaisirs; tu les goûteras séparés de lui, et ne les pourras reconnoitre. Je ne sais si tu retrouveras ailleurs le cœur de Julie ; mais je te défie de jamais retrouver auprès d une autre ce que tu sentis auprès d elle. L'épuisement de ton ame t'annoncera le sort que je t'ai prédit; la tristesse et

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l'ennui t'accableront au sein des amusements frivoles ;

le souvenir de nos premières amours te poursuivra malgré toi ; mon image, cent fois plus belle que je ne fus jamais, viendra tout-à-coup te surprendre. A 1 instant le voile du dégoût couvrira tous tes plaisirs , et mille regrets amers naîtront dans ton cœur. Mon bien-aimé, mon doux ami, ah ! si jamais tu m oublies... hélas! je ne ferai qu'en mourir; mais toi tu vivras vil et malheureux, et je mourrai trop vengée. Ne l'oublie donc jamais cette Julie qui fut à toi, et dont le cœur ne sera point à d'autres. Je ne puis rien te dire de plus, dans la dépendance où le ciel m'a placée. Mais, après t'avoir recommandé la fidélité, il est juste de te laisser de la mienne le seul gage qui soit en mon pouvoir. J'ai consulté, non mes devoirs, mon esprit égaré ne les connoît plus , mais mon cœur, dernière régie de qui n'en sauroit plus suivre; et voici le résultat de ses inspirations. Je ne t'épouserai jamais sans le consentement de mon père, mais je n'en épouserai jamais un autre sans ton consentement; je t'en donne ma parole ; elle me sera sacrée , quoi qu il a ni ve , et il n'y a point de force humaine qui puisse m'y faire manquer. Sois donc sans inquiétude sur ce que je puis devenir en ton absence. Va, mon aimable ami, chercher sous les auspices du tendre amour un sort digne de le couronner. Ma destinée est dans tes mains autant qu'il a dépendu de moi de l'y mettre, et jamais elle ne changera que de ton aveu.

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LETTRE XII

A JULIE

O quai fiamma di gloria, d'onore, Scorrer sento per tutte le vene, Aima grande, parlando con te ' !

Julie, laisse-moi respirer ; tu fais bouillonner mou sang, tu me fais tressaillir, tu me fais palpiter; ta lettre brûle comme ton cœur du saint amour de la vertu, et tu portes au fond du mien son ardeur céleste. Mais pourquoi tant d'exhortations où il ne falloit que des ordres? Crois que, si je m'oublie au point d avoir besoin de raisons pour bien faire , au moins ce n'est pas de ta part; ta seule volonté me suffit. Ighores-tu que je serai toujours ce qu'il te plaira , et que je ferois le mal même avant de pouvoir te désobéir? Oui, j'aurois brûlé le Capitule si tu me l'a vois commandé, parcequeje t'aime plus que toutes choses. Mais sais-tu bien pourquoi je t'aime ainsi ? Ali ! fille incomparable, c'est parceque tu ne peux rien vouloir que d'honnête , et que l'amour de la vertu rend plus invincible celui que j'ai pour tes charmes.

Je pars, encouragé par rengagement que tu viens de prendre, et dont tu pouvois t'épargner le détour ; car promettre de n'être à personne sans mon consentement , n'est-ce pas promettre de n'être qu'à moi ?

O de quelle flamme d'honneur et de gloire je sens embraser tout mon sang, ame grande, en parlant avec toi !

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