PARTIE II, LETTRE XVI
verez claires et môme énergiques. Si ces yeux éveilles que nous savez si bien faire parler étoient séparés l'un de l'autre, et de votre visage, cousine, que pensezvous qu'ils diroient avec tout leur feu ? Ma foi , rien du tout , pas même à M. d ( )rbe.
La première chose qui se présente à observer dans un pays où 1 on arrive , n'est-ce pas le ton général de la société ? Hé bien ! c'est aussi la première observation que j'ai faite dans celui-ci , et je vous ai parlé de ce qu on dit à Paris , et non pas de ce qu'on y fait. Si j ai remarqué du contraste entre les discours , les sentiments et les actions des honnêtes gens , c est que ce contraste saute aux yeux au premier instant. Quand je vois les mêmes hommes changer de maximes selon les coteries , molinistes dans lune , jansénistes dans l'autre, vils courtisans chez un ministre, frondeurs mutins chez un mécontent; quand je vois un homme doré décrier le luxe , un financier les impôts , un prélat le dérèglement; quand j'entends une femme de la cour parler de modestie, un grand seigneur de vertu, un auteur de simplicité , un abbé de religion , et que ces absurdités ne choquent personne , ne dois-je pas conclure à l'instant qu'on ne se soucie pas plus ici d'entendre la vérité que de la dire, et que, loin de vouloir persuader les autres quand on leur parle , on ne cherche pas même à leur faire penser qu'on croit ce que l'on leur dit?
Mais c'est assez plaisanter avec la cousine. Je laisse
un ton qui nous est étranger à tous trois, et j'espère
que tu ne me verras pas plus prendre le goût de la
satire que celui du bel esprit. C'est à toi, Julie, qu'il