‹ ŒuvresChapitre 163 sur 279 · VI · texte numérisé non relu

VI

faut à présent répondre ; car je sais distinguer la critique badine des reproches sérieux.

Je ne conçois pas comment vous avez pu prendre toutes deux le change sur mon objet. Ce ne sont point les François que je me suis proposé d'observer : car si le caractère des nations ne peut se déterminer que par leurs différences, comment moi, qui n'en connois encore aucune autre, entreprendrois-je de peindre celle-ci? Je ne serois pas non plus si maladroit que de choisir la capitale pour le lieu de mes observations. Je n'ignore pas que les capitales diffèrent moins entre elles que les peuples , et que les caractères nationaux s'y effacent et confondent en grande partie , tant à cause de l'influence commune des cours qui se ressemblent toutes , que par f effet commun d une société nombreuse et resserrée, qui est le même à peu près sur tous les hommes, et l'emporte à la fin sur le caractère originel.

Si je voulois étudier un peuple, c'est dans les provinces reculées, où les habitants ont encore leurs inclinations naturelles , que j'irois les observer. Je parcourrois lentement et avec soin plusieurs de ces provinces , les plus éloignées les unes des autres ; toutes les différences que j'observerois entre elles me donneroient le génie particulier de chacune; tout ce qu'elles auroient de commun , et que n'auroient pas les autres peuples , formèrent le génie national ; et ce qui se trouveroit partout appartiendroit en général à l'homme. Mais je n'ai ni ce vaste projet ni l'expérience nécessaire pour le suivre. Mon objet est de connoître l'homme, et ma méthode de l'étudier dans ses di-

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