‹ ŒuvresChapitre 170 sur 279 · PARTIE II, LETTIïi: XVII · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTIïi: XVII

à la campagne ; le jour où Ion peut revenir se consoler à la ville; 1 heure et la minute où l'afiiiction permet de donner le bal ou daller au spectacle. Tout le monde y fait à-la-fois la même chose dans la même circonstance; tout va par temps comme les mouvements d'un régiment en bataille : vous diriez que ce sont autant de marionnettes clouées sur la même planche ou tirées par le même fil.

Or, comme il n'est pas possible que tous ces gens qui font exactement là même chose soient exactement affectés île même, il est clair qu'il faut les pénétrer par d autres moyens pour les connoître; il est clair que tout ce jargon n'est qu'un vain formulaire, et sert moins à juger des mœurs, que du ton qui régne à Paris. On apprend ainsi les propos qu on y tient , mais rien de ce qui peut servir à les apprécier. J'en dis autant de la plupart des écrits nouveaux; j'en dis autant de la scène même , qui depuis Molière est bien plus un lieu où se débitent de jolies conversations que la représentation de la vie civile. Il y a ici trois théâtres, sur deux desquels on représente des êtres chimériques ; savoir , sur l'un, des arlequins, des pantalons, des scaramouches; sur l'autre , des dieux , des diables , des sorciers. Sur le troisième on représente ces pièces immortelles dont la lecture nous fais"oit tant de plaisir, et d'autres plus nouvelles qui paroissent de temps en temps sur la scène. Plusieurs de ces pièces sont tragiques , mais peu touchantes; et si l'on y trouve quelques sentiments naturels et quelque vrai rapport au cœur humain , elles n'offrent aucune sorte d'instruction sur 1($ mœurs particulières du peuple qu elles amusent.

352 LA NOUVELLE HÉLOÏSÊ.

L'institution de la tragédie avoit, chez ses inventeurs , un fondement de religion qui suffisoit pour l'autoriser. D'ailleurs , elle offroit aux Grecs un spectacle instructif et agréable dans les malheurs des Perses leurs ennemis , dans les crimes et les folies des rois dont ce peuple s'étoit délivré. Qu'on représente à Berne, à Zurich, à La Haye, l'ancienne tyrannie de la maison d'Autriche; l'amour de la patrie et de la liberté nous rendra ces pièces intéressantes : mais qu'on me dise de que| usage sont ici les tragédies de Corneille, et ce qu'importe au peuple de Paris Pompée ou Sertorius. Les tragédies grecques rouloient sur des événements réels ou réputés tels par les spectateurs , et fondés sur des traditions historiques. Mais que fait une flamme héroïque et pure dans lame des grands? Ne diroit-on pas que les combats de 1 amour et de la vertu leur donnent souvent de mauvaises nuits , et que le cœur a beaucoup à faire dans les mariages des rois? Juge de la vraisemblance et de l'utilité de tant de pièces , qui roulent toutes sur ce chimérique sujet!

Quant à la ccmédie, il est certain qu'elle doit représenter au naturel les mœurs du peuple pour lequel elle est faite, afin qu'il s'y corrige de ses vices et de ses défauts , comme on ôte devant un miroir les taches de son visage. Térence et Plaute se trompèrent dans leur objet; mais avant eux Aristophane et Ménandre avoient exposé aux Athéniens les mœurs athéniennes ; et , depuis , le seul Molière peignit plus naïvement encore celles des François du siècle dernier à leurs propres yeux. Le tableau a changé ; mais il n est plus revenu de peintre. Maintenant on copie au théâtre les conver-

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