‹ ŒuvresChapitre 171 sur 279 · PARTIE II, LETTRE XVII. 3Ï · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE XVII. 3Ï

dations dune centaine de maisons de Paris. Hors de cela, on n'y apprend rien des mœurs des François. Il v a dans cette grande ville cinq ou six cent mille âmes dont il n'est jamais question sur la scène. Molière osa peindre des bourgeois et des artisans aussi bien que des marquis; Socrate faisoit parler des cochers, menuisiers, cordonniers, maçons *. Mais les auteurs d'aujourd'hui, qui sont des gens d'un autre air, se croiroient déshonorés s'ils savoient ce qui se passe au comptoir d'un marchand ou dans la boutique d'un ouvrier; il ne leur faut que des interlocuteurs illustres, et ils cherchent dans le rang de leurs personnages l'élévation qu'ils ne peuvent tirer de leur génie. Les spectateurs eux-mêmes sont devenus si délicats, qu'ils craindraient de se compromettre à la comédie comme en visite, et ne daigneraient pas aller voir en représentation des gens de moindre condition qu'eux. Ils sont comme les seuls habitants de la terre; tout le reste n'est rien à leurs yeux. Avoir un carrosse, un suisse, un mahre-cThôtel , e'est être comme tout le monde. Pour être comme tout le monde, il faut être comme très peu de gens. Ceux qui vont à pied ne sont pas du inonde; ce sont des bourgeois, des hommes du peuple, des gens de l'autre monde; et Ion dirait qu'un carrosse n'est pas tant nécessaire pour se conduire que pour

* C'est une remarque de Montaigne. « Il n'a iamais en la bouche « que cochers, menuisiers, savetiers et massons... Soubs une si vile « forme, nous n'eussions iamais choisi la noblesse et splendeur de « ses conceptions admirables, nous.... qui n'appercevons la richesse « qu'en montre et en pompe. Nostre monde n'est formé qu'à l'os- « tentation. » (Liv. ni, ch. 12, au commencement. )

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