‹ ŒuvresChapitre 172 sur 279 · VI · texte numérisé non relu

VI

exister. Ii y a comme cela une poignée d impertinents qui ne comptent queux dans tout l'univers, et ne valent guère la peine qu'on les compte, si ce n'est pour le mal qu'ils font. C est pour eux uniquement que sont faits les spectacles. Ils s'y montrent à-la-fois comme représentés au milieu du théâtre, et comme représentants aux deux côtés; ils sont personnages sur la scène, et comédiens sur les bancs. C'est ainsi que la sphère du monde et des auteurs se rétrécit; c'est ainsi que la scène moderne ne quitte plus son ennuyeuse dignité. On n'y sait plus montrer les hommes qu'en habit doré. Vous diriez que la France n'est peuplée que de comtes et de chevaliers ; et plus le peuple y est misérable et "lieux, plus le tableau du peuple y est brillant et magnifique. Cela fait qu'en peignant le ridicule des états qui servent d exemple aux autres , on le répand plutôt que de l'éteindre, et que le peuple, toujours singe et imitateur des riches , va moins au théâtre pour rire de leurs folies que pour les étudier, et devenir encore plus fou qu eux en les imitant. Voilà de quoi fut cause Molière lui-même : il corrigea la cour en infectant la ville ; et ses ridicules marquis furent le premier modèle des petits-maîtres bourgeois qui leur succédèrent.

En général , il y a beaucoup de discours et peu d'action sur la scène françoise : peut-être est-ce qu'en effet le François parle encore plus qu'il n'agit, ou du moins qu'il donne un bien plus grand prix à ce qu'on dit qu'à ce qu'on fait. Quelqu'un disoit, en sortant d'une pièce de Denys-le-Tyran : Je n'ai rien vu , mais j'ai entendu force paroles *. Voilà ce qu'on peut dire en sortant des

*Plut\rque, Comment il faut ouir, th. 7. Montaigne rapporte

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