‹ ŒuvresChapitre 180 sur 279 · PARTIE II, LETTRE XX. 5~ l · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE XX. 5~ l

LETTRE XX

DE JULIE

Mon ami, j'ai remis à M. d'Orbe un paquet qu'il s'est chargé de t envoyer à l'adresse de M. Silvestre, chez qui tu pourras le retirer; mais je t avertis d'attendre pour l'ouvrir que tu sois seul et dans ta chambre : tu trouveras dans ce paquet un petit meuble à ton usage.

C'est une espèce d amulette que les amants portent volontiers. La manière de s'en servir est bizarre; il faut la contempler tous les matins un quart d'heure jusqu à ce qu'on se sente pénétré d'un certain attendrissement; alors on lapplique sur ses yeux, sur sa bouche, et sur son cœur : cela sert, dit-on, de préservatif durant la journée contre le mauvais air du pays galant. On attribue encore à ces sortes de talismans une vertu électrique très singulière, mais qui n'agit qu'entre les amants fidèles ; c'est de communiquer à l'un l'impression des baisers de l'autre à plus de cent lieues de là. Je ne garantis pas le succès de l'expérience ; je sais seulement qu il ne tient qu'à toi de la faire.

Tranquillise-toi, sur les deux galants ou prétendants, ou comme tu voudras les appeler; car désormais le nom ne fait plus rien à la chose. Ils sont partis : qu'ils aillent en paix : depuis que je ne les vois plus, je ne les hais plus.

LETTRE XXI

A JULIE

Tu las voulu , Julie ; il faut donc te les dépeindre ces aimables Parisiennes! Orgueilleuse! cet hommage manquoit à tes charmes. Avec toute ta feinte jalousie, avec ta modestie et ton amour, je vois plus de vanité que de crainte cachée sous cette curiosité. Quoi qu il en soit, je serai vrai : je puis l'être; je le serois de meilleur cœur si j'avois davantage à louer. Que ne sont-elles cent fois plus charmantes ! que n'ont-elles assez d'attraits pour rendre un nouvel honneur aux tiens !

Tu te plaignois de mon silence ! Eh mon dieu! que t'aurois-je dit? En lisant cette lettre tu sentiras pourquoi j'aimois à te parler des Yalaisanes, tes voisines, et pourquoi je ne te parlois point des femmes de ce pays. C'est que les unes me rappeloient à toi sans cesse, et que les autres... Lis, et puis tu me jugeras. Au reste, peu de gens pensent comme moi des dames françoises, si même je ne suis sur leur compte toutà-fait seul de mon avis. C'est sur quoi l'équité m'oblige à te prévenir, afin que tu saches que je te les représente, non peut-être comme elles sont, mais comme je les vois. Malgré cela, si je suis injuste envers elles , tu ne manqueras pas de me censurer encore; et tu seras plus injuste que moi, car tout le tort en est à toi seule.

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