‹ ŒuvresChapitre 185 sur 279 · P A R I I E II, L E T T 11 E X X · texte numérisé non relu

P A R I I E II, L E T T 11 E X X

L'adultère n'y révolte point, on n'y trouve rien de contraire à la bienséance : les romans les plus décents , ceux que tout le inonde lit pour s'instruire, en sont pleins; et le désordre n'est plus blâmable sitôt qifil est joint à l'infidélité. O Julie! telle femme qui n'a pas craint de souiller cent fois le lit conjugal oseroit d'une bouche impure accuser nos chastes amours , et condamner l'union de deux cœurs sincères qui ne surent jamais manquer de foi. On diroit que le mariage n'est pas à Paris de la même nature que partout ailleurs. C'est un sacrement, à ce qu'ils prétendent, et ce sacrement n'a pas la force des moindres contrats civils : il semble n'être que l'accord de deux personnes libres qui conviennent de demeurer ensemble, de porterie même nom, de reconnoître les mêmes enfants, mais qui n'ont, au surplus , aucune sorte de droit l'une sur l'autre : et un mari qui s'aviseroit de contrôler ici la mauvaise conduite de sa femme n'exciteroit pas moins de murmures que celui qui souffriroit chez nous le désordre public de la sienne. Les femmes, de leur côté, n'usent pas de rigueur envers leurs maris , et l'on ne voit pas encore qu'elles les fassent punir d'imiter leurs infidélités. Au reste, comment attendre de part ou d'autre un effet plus honnête d'un lien où le cœur n'a point été consulté? Qui n'épouse que la fortune ou 1 état ne doit rien à la personne.

L'amour même, l'amour a perdu ses droits et n'est pas moins dénaturé que le mariage. Si les époux sont ici des garçons et des filles qui demeurent ensemble pour vivre avec plus de liberté , les amants sont des gens indifférents qui se voient par amusement, par

air, par habitude, ou par le besoin du moment : le cœur n'a que faire à ces liaisons, on n'y consulte que la commodité et certaines convenances extérieures. C'est, si l'on veut, se connoitre, vivre ensemble, s'arranger, se voir, moins encore s'il est possible. Une liaison de galanterie dure un peu plus qu'une visite ; c'est un recueil de jolis entretiens et de jolies lettres pleines de portraits, de maximes, de philosophie, et de bel esprit. A 1 égard du physique, il n'exige pas tant de mystère ; on a très sensément trouvé au'il falloit régler sur 1 instant des désirs la facilité de les satisfaire : la première venue, le premier venu, l'amant ou un autre, un homme est toujours un homme, tous sont presque également bons : et il y a du moins à cela de la conséquence, car pourquoi seroit-on plus fidèle à l'amant qu'au mari ? Et puis à certain âge tous les hommes sont à peu près le même homme , toutes les femmes la même femme ; toutes ces poupées sortent de chez la même marchande de modes, et il n'v a guère d'autre choix à faire que ce qui tombe le plus commodément sous la main.

Gomme je ne sais rien de ceci par moi-même, on m en a parlé sur un ton si extraordinaire qu'il ne m'a pas été possible de bien entendre ce qu'on m en a dit. Tout ce que j'en ai conçu, c'est que, chez la plupart des femmes, l'amant est comme un des gens de la maison : s'il ne fait pas son devoir, on le congédie et l'on en prend un autre ; s'il trouve mieux ailleurs , ou s'ennuie du métier, il quitte, et l'on en prend un auire. Il v a, dit-on, des femmes assez capricieuses pour essayer même du maître de la maison, car enfin c'est

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