‹ ŒuvresChapitre 187 sur 279 · PARTIE II, LETTRE XXI · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE XXI

avoir le plaisir d'y rire de nous à leur aise. Cela ne manqua pas d'arriver le premier jour. Elles nous accablèrenl d'abord de traits plaisants et fins, qui tombant toujours sans rejaillir, épuisèrent bientôt leur carquois. Alors elles s'exécutèrent de bonne grâce; et, ne pouvant nous amener à leur ton , elles furent réduites à prendre le nôtre. Je ne sais si elles se trouvèrent bien de cet échange, pour moi je m'en trouvai à merveille; je vis avec surprise que je m'éclairois plus avec elles que je n'aurois fait avec beaucoup d'hommes. Leur esprit ornoit si bien le bon sens , que je regrettois ce qu'elles en a voient- mis à le défigurer; et je déplorois, en jugeant mieux des femmes de ce pays, que tant d'aimables personnes ne manquassent de raison que parcequ elles ne vouloient pas en avoir. Je vis aussi que les grâces familières et naturelles effaçoient insensiblement les airs apprêtés delà ville; car, sans y songer, on prend des manières assortissantes aux eboses qu on dit, et il n'y a pas moyen de mettre à des discours sensés les grimaces de la coquetterie. Je les trouvai plus jolies depuis quelles ne cberehoient plus tant à l'être, et je sentis qu elles n avoient besoin pour plaire que de ne se pas déguiser. J'osai soupçonner sur ce fondement que Paris, ce prétendu siège du goût, est peut-être le lieu du monde où il y en a le moins, puisque tous les soins qu'on y prend pour plaire défigurent la véritable beauté.

Nous restâmes ainsi quatre ou cinq jours ensemble,

contents les uns des autres et de nous-mêmes. Au lieu

de passer en revue Paris et ses folies, nous loubliâmes.

Tout notre soin se bornoit à jouir entre nous d'une

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