VI
société agréable et douce. ïSous n'eûmes besoin ni de satires ni de plaisanteries pour nous mettre de bonne humeur; et nos ris n'étoient pas de raillerie, mais de gaieté, comme ceux de ta cousine.
Une autre chose acheva de me faire changer d'avis sur leur compte. Souvent au milieu de nos entretiens les plus animés on venoit dire un mot à 1 oreille de la maîtresse de la maison. Elle soi toit, alloit s'enfermer pour écrire, et ne rentrait de long- temps. Il étoit aisé d'attribuer ces éclipses à quelque correspondance de cœur, ou de celles qu'on appelle ainsi. Une autre femme en glissa légèrement un mot qui fut assez mal reçu ; ce qui me fit juger que si l'absente manquoit d'amants, elle avoit au moins des amis. Cependant la curiosité m ayant donné quelque attention , quelle fut ma surprise en apprenant que ces prétendus grisons de Paris étoient des pavsans de la paroisse qui venoient, dans leurs calamités , implorer la protection de leur dame ! l'un surchargé de tailles à la décharge d'un plus riche; l'autre enrôlé dans la milice sans égard pour son âge et pour ses enfants ' ; l'autre écrasé d'un puissant voisin par un procès injuste; l'autre ruiné parla grêle, et dont on exigeoit le bail à la rigueur! Enfin tous avoient quelque grâce à demander, tous étoient patiemment écoutés, on n'en rebutoit aucun, et le temps attribué aux billets doux étoit employé à écrire en faveur de ces malheureux. Je ne saurais te dire avec quel étonnement j'appris et le plaisir que prenoit une femme si
' On a vu cela dans l'autre guerre, mais non dans celle-ci, que je sache. On épargne les hommes mariés, et l'on en fait ainsi marier beaucoup.