‹ ŒuvresChapitre 192 sur 279 · PARTIE II, LETTRE XXII · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE XXII

nir plus promptcment 5 c'est la première fois que cela m'est arrivé le matin pour mes affaires: je ne m'en sers même qu'à regret L'après-midi pour quelques visites; car j'ai deux jambes fort bonnes dont je serais L>i4h fâché qu'un peu plus d'aisance dans ma fortune me fit négliger l'usage.

J'étois fort embarrassé dans mon nacre avec mon paquet ; je ne voulois l'ouvrir que chez moi , c'étoit ton ordre. D'ailleurs une sorte de volupté qui me laisse oublier la commodité dans les choses communes me la fait rechercher avec soin dans les vrais plaisirs. Je n'y puis souffrir aucune sorte de distraction, et je veux avoir du temps et mes aises pour savourer tout ce qui me vient de toi. Je tenois donc ce paquet avec une inquiète curiosité dont je n'étois pas le maître ; je mefforçois de palper à travers les enveloppes ce qu il pouvoit contenir, et Ion eût dit qu il me brùloit les mains avoir les mouvements continuels qu'il faisoit de lune à l'autre. Ce n'est pas qu à son volume, à son poids, au ton de ta lettre, je n'eusse quelque soupçon de la vérité ; mais le moyen de concevoir comment tu pouvois avoir trouvé l'artiste et l'occasion? Voilà ce que je ne conçois pas encore; c'est un miracle de Famour ; plus il passe ma raison , plus il enchante mon cœur; et l'un des plaisirs qu il me donne est celui de n'y rien comprendre.

J'arrive enfin, je vole, je m'enferme dans ma chambre, je m'assieds hors d'haleine, je porte une main tremblante sur le cachet. O première influence du talisman! j'ai senti palpiter mon cœur à chaque papier quej'ôtois, et je me suis bientôt trouvé tellement

3q4 ï-a nouvelle héloïse.

oppressé que j'ai été forcé de respirer un moment sur la dernière enveloppe... Julie!... ô ma Julie!... le voile est déchiré... je te vois... je vois tes divins attraits! ma bouche et mon cœur leur rendent le premier hommage, mes genoux fléchissent... Charmes adorés,^core une fois vous aurez enchanté mes yeux ! Qu il est prompt, qu il est puissant, le magique effet de ces traits chéris! Non, il ne faut point, comme tu prétends, un quart d'heure pour le sentir; une minute, un instant suffit pour arracher de mon sein mille ardents soupirs, et me rappeler avec ton image celle de mon bonheur passé. Pourquoi faut-il que la joie de posséder un si précieux trésor soit mêlée d'une si cruelle amertume? Avec quelle violence il me rappelle des temps qui ne sont plus! Je crois, en le voyant, te revoir encore; je crois me retrouver à ces moments délicieux dont le souvenir fait maintenant le malheur de ma vie , et que le ciel ma donnés et ravis dans sa colère. Hélas! un instant me désabuse; toute la douleur de l'absence se ranime et s'aigrit en m'ôtant Terreur qui Ta suspendue, et je suis comme ces malheureux dont on n'interrompt les tourments que pour les leur rendre plus sensibles. Dieux! quels torrents de flammes mes avides regards puisent dans cet objet inattendu! 6 comme il ranime au fond de mon cœur tous les mouvements impétueux que ta présence y faisoit naître! O Julie! s'il étoit vrai qu'il put transmettre à tes sens le délire et l'illusion des miens!... Mais pourquoi ne le feroit-il pas? pourquoi des impressions que lame porte avec tant d activité n'iroientclles pas aussi loin qu'elle? Ah! chère amante! où que

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