‹ ŒuvresChapitre 196 sur 279 · PARTIE II, LETTRE XXIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE XXIII

On lourdaud de Savoyard qui n'a pas l'esprit de faire ia bête.

Voilà, ma cousine, en quoi consiste à peu près l'auguste appareil de l'Opéra , autant que j'ai pu l'observer du parterre à l'aide de ma lorgnette : car il ne faut pas vous imaginer que ces moyens soient fort cachés et produisent un effet imposant; je ne vous dis en ceci que ce que j'ai aperçu de moi-même, et ce que peut apercevoir comme moi tout spectateur non préoccupé. On assure pourtant qu'il v a une prodigieuse quantité de machines employées à faire mouvoir tout cela ; on m'a offert plusieurs fois de me les montrer; mais je n'ai jamais été curieux de voir comment on fait de petites choses avec de grands efforts.

Le nombre des gens occupés au service de l'Opéra est inconcevable. L'orchestre et les chœurs composent ensemble près de cent personnes : il v a des multitudes de danseurs ; tous les rôles sont doubles et triples ■ , c'est-à-dire qu'il v a toujours un ou deux acteurs subalternes prêts à remplacer 1 acteur principal , et pavés pour ne rien faire jusqu à ce qu'il lui plaise de ne rien foire à son tour ; ce qui ne tarde jamais beaucoup d'arriver. Après quelques représentations, les premiers acteurs, qui sont d. importants personnages, 11 honorent plus le public de leur présence; ils abandonnent la place à leurs substituts, et aux substituts de leurs substituts. On reçoit toujours le même argent à la porte , mais on ne donne plus le même spectacle.

1 On ne sait ce que c'est que des doubles en Italie; le public ne les souffriroit pas : aussi le spectacle est-il à beaucoup meilleur marche'; il en coùteruit trop pour être mal servi.

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