‹ ŒuvresChapitre 198 sur 279 · PARTIE II, LETTRE XXIII. 4o · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE XXIII. 4o

cette délicatesse, et jugez d<- I effel ! Pour les diabl. passe encore ; cette musique a quelque chose d infernal qui ne leur messied pas. Aussi les magies , les évocations, et toutes les fêtes du sabbat, sont-elles toujours ce qu'on admire le plus à 1 Opéra françois.

A ces beaux sons, aussi justes qu ils sont doux, se marient très dignement cetix de l'orchestre. Figurezvous un charivari sans fin d instruments sans mélodie, un ronron traînant et perpétuel de basses ; chose la plus lugubre, la plus assommante que j'aie entendue de ma vie, et que je n'ai jamais pu supporter une demiheure sans gagner un violent mal de tête. Tout cela forme une espèce de psalmodie à laquelle il n'v a pour r ordinaire ni chant ni mesure. Mais quand par hasard il se trouve quelque air un peu sautillant, c'est un trépignement universel; vous entendez tout le parterre en mouvement suivre à grand peine et à grand bruit un certain homme de 1 orchestre '. Charmés de sepaùr un moment cette cadence qu'ils sentent si peu, ils se tourmentent 1 oreille, la voix, les bras, les pieds, et tout le corps , pour courir après la mesure 2 , toujours prête à leur échapper; au lieu que l'Allemand et lltalien, qui en sont intimement affectés, la sentent et la suivent sans aucun effort, et n'ont jamais besoin de la battre. Du moins, Regianino m a-t-il souvent dit que dans les opéra d Italie, où elle est si sensible et si vive, on n'entend, on ne voit jamais dans l'orchestre

' Le Bûcheron.

Je trouve qu'on n'a pas mal compare les airs légers de la musique françoise à la course d'une vache qui galope, ou d'une oie grasse qui veut voler.

4o4 LA NOUVELLE HÉLOÏSE.

ni parmi les spectateurs le moindre mouvement qui la marque. Mais tout annonce en ce pays la dureté de à?organe musical ; les voix y sont rudes et sans douceur, les inflexions âpres et fortes, les sons forcés et traînants; nulle cadence, nul accent mélodieux dans les airs du peuple : les instruments militaires , les fifres de 1 infanterie, les trompettes de la cavalerie, tous les cors , tous les hautbois , les chanteurs des rues , les violons de guinguette, tout cela est d'un faux à choquer l'oreille la moins délicate. Tous les talents ne sont pas donnés aux mêmes hommes ; et en général le François paroît être de tous les peuples de lEurope celui qui a le moins d'aptitude à la musique. Milord Edouard prétend que les Anglois en ont aussi peu; mais la différence est que ceux-ci le savent et ne s'en soucient guère , au lieu que les François renonceroient à mille justes droits , et passeraient condamnation sur toute autre chose, plutôt que de convenir qu'ils ne sont pas les premiers musiciens du monde. Il y en a même qui regarderaient volontiers la musique à Paris comme une affaire d'état , peut-être parceque c'en fut une à Sparte de couper deux cordes à la lyre de Timothée : à cela vous sentez qu'on n'a rien à dire. Quoi qu il en soit, l'Opéra de Paris pourrait être une fort belle institution politique , qu'il n'en plairoit pas davantage aux gens de goût. Revenons à ma description.

Les ballets , dont il me reste à vous parler , sont la partie la plus brillante de cet Opéra; et, considérés séparément , ils font un spectacle agréable , magnifique , et vraiment théâtral ; mais ils servent comme partie constitutive de la pièce, et c'est en cette qualité

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