‹ ŒuvresChapitre 20 sur 279 · PARTIE I, LETTRE X · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE X

vos vertus ; périsse le vil mortel qui tentera jamais d'en souiller une! Soyez heureuse; je tacherai d oublier combien je suis à plaindre, et je tirerai de votre bonheur même la consolation de mes maux. Oui , chère amante, il me semble cjne mon amour est aussi parfait que son adorable objet; tous les désirs enflammes par vos charmes s'éteignent dans les perfections de votre aine; je la vois si paisible, que je n'ose en troubler la tranquillité. Chaque fois que je suis tenté de vous dérober la moindre caresse, si le danger de vous offenser me retient , mon cœur me retient encore plus par la crainte d'altérer une félicité si pure; dans le prix des biens où j aspire, je ne vois plus que ce qu ils vous peuvent coûter; et, ne pouvant accorder mon bonheur avec le vôtre, jugez comment jaune, c est au mien que j'ai renoncé.

Que d inexplicables contradictions dans les sentiments que vous m inspirez ! je suis à-la-fois soumis et téméraire, impétueux et retenu; je ne saurois lever les yeux sur vous sans éprouver des combats en moimême. Vos regards, votre voix , portent au cœur, avec 1 amour, l'attrait touchant de linnocence; c'est un charme divin qu'on auroit regret d'effacer. Si j ose former des vœux extrêmes, ce n'est plus qu'en votre absence ; mes désirs, n'osant aller jusqu'à vous, s'adressent à votre image , et c'est sur elle que je me venge du respect que je suis contraint de vous porter.

Cependant je languis et me consume; le feu coule dans mes yeines ; rien ne sauroit l'éteindre ni le calmer, et je 1 irrite en voulant le contraindre. Je dois être heureux , je le suis , j'an conviens ; je ne me plains

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point de mon sort; tel qu'il est je n'en changerois pas avec les rois de la terre. Cependant un mal réel me tourmente, je cherche vainement à le fuir; je ne voudrois point mourir, et toutefois je me meurs; je voudrais vivre pour vous, et c'est vous qui m'ôtez la vie.

LETTRE XL

DE JULIE

Mon ami, je sens que je m'attache à vous chaque jour davantage ; je ne puis plus me séparer de vous ; la moindre absence m'est insupportable , et il faut que je vous voie ou que je vous écrive, afin de m occuper de vous sans cesse.

Ainsi mon amour s'augmente avec le vôtre ; car je connois à présent combien vous m'aimez parla crainte réelle que vous avez de me déplaire , au lieu que vous n'en aviez d'abord qu une apparente pour mieux venir à vos fins. Je sais fort bien distinguer en vous l'empire que le cœur a su prendre , du délire d'une imagination échauffée ; et je vois cent fois plus de passion dans la contrainte où vous êtes que dans vos premiers emportements. Je sais bien aussi que votre état, tout gênant qu'il est, n'est pas sans plaisirs. Il est doux pour un véritable amant de faire des sacrifices qui lui sont tous comptés , et dont aucun n'est perdu dans le cœur de ce qu'il aime. Qui sait même si, connoissant ma sensibilité , vous n'employez pas pour me séduire une adresse mieux entendue? Mais non, je suis in-

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