‹ ŒuvresChapitre 235 sur 279 · PARTIE III, LETTRE XIV. /ffif · texte numérisé non relu

PARTIE III, LETTRE XIV. /ffif

l'espèce, j'en parlai sans autre précaution que d alto 1111:1 le danger. Sitôt qu il sut que c étoit la petitevérole, il fit un cri et se trouva mal. La fatigue et 1 insomnie, jointes à 1 inquiétude d esprit, 1 avoient jeté dans un tel abattement qu on fut long-temps à le faire revenir. A peine pouvoit-il parler; on le fit coucher.

Vaincu par la nature, il dormit douze heures de suite, mais avec tant d agitation, qu'un pareil sommeil devoit plus épuiser que réparer ses forces. Le lendemain, nouvel embarras ;■ il vouloit te voir absolument. Je lui opposai le danger de te causer une révolution; il offrit d attendre qu'il n'y eût plus de risque, mais, son séjour même en étoit un terrible. J'essayai de le lui faire sentir; il me coupa durement la parole. Gardez votre barbare éloquence, me dit-il d'un ton d'indignation ; c'est trop l'exercer à ma ruine. jNespérez pas me chasser encore comme vous fîtes à mon exil : je viendrois cent fois du bout du monde pour la voir un seul instant. Mais je jure par l'auteur de mon être, ajouta-t-il impétueusement, que je ne partirai point d'ici sans lavoir vue. Éprouvons une fois si je vous rendrai pitoyable , ou si vous me rendrez parjure.

Son parti étoit pris. M. d'Orbe fut d avis de chercher les movens de le satisfaire pour le pouvoir renvoyer avant que son retour fût découvert : car il n étoit connu dans la maison que du seul Hanx , dont j'étois sûre, et nous l'avions appelé devant nos gens d'un autre nom que le sien '. Je lui promis qu'il te venoii

On voit dans la quatrième Partie <jue ce nom substitué étoit cetui de Saint-Preux.

la nuit suivante , à condition qu'il ne resterait qu'un instant, qu'il ne te parlerait point, et qu il repartiroit le lendemain avant le jour : j'en exigeai sa parole. Alors je fus tranquille ; je laissai mon mari avec lui , et je retournai près de toi.

Je te trouvai sensiblement mieux , l'éruption étoit achevée : le médecin me rendit le courage et l'espoir. Je me concertai d'avance avec Babi ; et le redoublement, quoique moindre, t'ayant encore embarrassé la tête, je pris ce temps pour écarter tout le monde et faire dire à mon mari d'amener son hôte, jugeant qu'avant la fin de l'accès tu. serais moins en état de le reconnoître. Nous eûmes toutes les peines du monde à renvoyer ton désolé père, qui chaque nuit s'obstinoit à vouloir rester. Enfin je lui dis en colère qu'il n'épargnerait la peine de personne, quejétois également résolue à veiller, et qu il savoit bien, tout père qu il étoit, que sa tendresse n étoit pas plus vigilante que la mienne. Il partit à regret; nous restâmes seules. M. d'Orbe arriva sur les onze heures, et me dit qu'il avoit laissé ton ami dans la rue : je l'allai chercher ; je le pris par la main : il trembloit comme la feuille. En passant dans l'antichambre les forces lui manquèrent; il .respirait avec peine , et fut contraint de s asseoir.

Alors démêlant quelques objets à la foible lueur dune lumière éloignée : Oui, dit-il avec un profond soupir, je reconnois les mêmes lieux. Une fois en ma vie je les ai traversés.... à la même heure.... avec le même mystère.... j'étois tremblant comme aujourd'hui.... le cœur me palpitoit de même.... 0 lémc-

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