‹ ŒuvresChapitre 241 sur 279 · PARTIE III, LETTRE XVIII. fSf · texte numérisé non relu

PARTIE III, LETTRE XVIII. fSf

Vous partagiez mon égarement : votre lettre me fit trembler. Ko péril étoit double : pour me garantir de vous et de moi il fallut vous éloigner. Ce fut le dernier effort dune vertu mourante. En fuyant, vous achevâtes de vaincre; et sitôt que |e ne vous vis plu? , ma langueur m'ôta le peu de force qui me restoit pour vous résister.

Mon père, en quittant le service, avoit amené chez lui M. de Wolmar; la vie qu il lui devoit, et une liaison de vingt ans, lui rendoient cet ami si cher qu il ne pouvoit se séparer de lui. M. de Wolmar avançoil en âge; et, quoique riche et de grande naissance, il ne trouvoit point de femme qui lui convînt. Mon père lui avoit parlé de sa fille en homme qui souhaitoit de se faire un gendre de son ami : il fut question de la voir, et c'est dans' ce dessein qu'ils firent le voyage ensemble. Mon destin voulut que je plusse à M. de Wolmar qui n avoit jamais rien aimé. Ils se donnèrent secrètement leur parole; et M. de Wolmar avant beaucoup d'affaires à régler dans une cour du Nord où étoient sa famille et sa fortune, il en demanda le temps, et partit sur cet engagement mutuel. Après son départ, mon père nous déclara, à ma mère et à moi, qu'il me l'avoit destiné pour époux, et m ordonna d'un ton qui ne laissoit point de réplique à ma timidité de me disposer à recevoir sa main. Ma mère, qui navoit que trop remarqué le penchant de mon cœur, et qui se sentoit pour vous une inclination naturelle, essaya plusieurs fois d'ébranler cette résolution : sans oser vous proposer, elle parloit de manière à donner à mon père de la considération pour

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vous et le désir de vous eonnoître : mais la qualité qui vous manquoit le rendit insensible à toutes celles que vous possédiez; et s'il convenoit que la naissance ne les pouvoit remplacer, il prétendoit quelle seule pouvoit les faire valoir.

L'impossibilité d'être heureuse irrita des feux qu'elle eut dû éteindre. Une flatteuse illusion me soutenoit dans mes peines; je perdis avec elle la force de les supporter. Tant qu il me fût resté quelque espoir d être à vous, peut-être aurois-je triomphé de moi; il m en eût moins coûté de vous résister toute ma vie que de renoncer à vous pour jamais ; et la seule idée d'un combat éternel m ôta le courage de vaincre.

La tristesse et l'amour consumoient mon cœur, je tombai dans un abattement dont nies lettres se sentirent. Celle que vous m'écrivîtes de Meillerie y mit le comble; à mes propres douleurs se joignit le sentiment de votre désespoir. Hélas! c'est toujours lame la plus foible qui porte les peines de toutes deux. Le parti que vous m'osiez proposer mit le comble à mes perplexités. L'infortune de mes jours étoit assurée, 1 inévitable choix qui me restoit à faire étoit d y joindre celle de mes parents ou la vôtre. Je ne pus supporter cette horrible alternative : les forces de la nature ont un terme; tant d'agitations épuisèrent les miennes. Je souhaitai d être délivrée de la vie. Le ciel parut avoir pitié de moi ; mais la cruelle mort m épargna pour me perdre. Je vous vis, je fus guérie, et je .péris.

Si je ne trouvai point le bonheur dans mes fautes, je navois jamais espéré l'y trouver. Je sentois que

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