‹ ŒuvresChapitre 249 sur 279 · PARTIE III, LETTRE XV III. 5o · texte numérisé non relu

PARTIE III, LETTRE XV III. 5o

mes premières affections; elles s irritoient par mes efforts pour les éteindre. Enfin, je nie lassai de combattre inutilement. Dans 1 instant même où jétois prête à jurer à un autre une éternelle fidélité, mon cœur vous juroit encore un amour éternel, et je fus menée au temple comme une victime impure qui souille le sacrifice où Ion va l'immoler.

Arrivée à l'église, je sentis en entrant une sorte démotion que je n'avois jamais éprouvée. Je ne sais quelle terreur vint saisir mon unie clans ce lieu simple et auguste, tout rempli de la majesté de celui qu'on y sert. Une frayeur soudaine me fit frissonner, tremblante et prête à tomber en défaillance , j'eus peine à me traîner jusqu'au pied de la chaire. Loin de me remettre, je sentis mon trouble augmenter durant la cérémonie; et s'il me laissoit apercevoir les objets, c'était pour en être épouvantée. Le jour sombre de 1 édifice, le profond silence des spectateurs, leur maintien modeste et recueilli, le cortège de tous mes parents, l'imposant aspect de mon vénéré père, tout donnoit à ce qui s alloit passer un air de solennité qui m'excitait à l'attention et au respect, et qui m'eût fait frémir à la seule idée d'un parjure. Je crus voir l'organe de la Providence et entendre la voix de Dieu dans le ministre prononçant gravement la sainte liturgie. La pureté, la dignité, la sainteté du mariage, si vivement exposées dans les paroles de 1 Écriture, ses chastes et sublimes devoirs si importants au bonheur, à Tordre, à la paix, à la durée du genre humain, si doux à remplir pour eux-mêmes ; tout cela me fit une telle impression, que je crus sentir intérieurement

une révolution subite. Une puissance inconnue sern~ bla corriger tout-à-coup le désordre de mes affections , et les rétablir selon la loi du devoir et de la nature. L'œil éternel qui voit tout , disois-je en moi-même, lit maintenant au fond de mon cœur; il compare ma volonté cachée à la réponse de ma bouche : le ciel et la terre sont témoins de 1 engagement sacré que je prends ; ils le seront encore de ma fidélité à l'observer. Quel droit peut respecter "parmi les hommes quiconque ose violer le premier de tous?

Un coup d'œil jeté par hasard sur monsieur et madame d'Orbe, que je vis à côté Fun de l'autre et fixant sur moi des yeux attendris , m émut plus puissamment encore que navoient fait tous les autres objets. Aimable et vertueux couple, pour moins connoître l'-amour en êtes-vous moins unis? Le devoir et l'honnêteté vous lient : tendres amis , époux fidèles , sans brûler de ce feu dévorant qui consume lame, vous vous aimez d'un sentiment pur et doux qui la nourrit, que la sagesse autorise et que la raison dirige; vous n'en êtes que plus solidement heureux. Ah ! puissé-je dans un lien pareil recouvrer la même innocence et jouir du même bonheur ! Si je ne l'ai pas mérité comme vous, je m'en rendrai digne à votre exemple. Ces sentiments réveillèrent mon espérance et mon courage. J'envisageai le saint nœud que j allois former comme un nouvel état qui devoit purifier mon ame et la rendre à tous ses devoirs. Quand le pasteur me demanda si je promettois obéissance et fidélité parfaite à celui que ] acceptois pour époux , ma bouche et mon cœur le promirent. Je le tiendrai jusqu'à la mort.

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