‹ ŒuvresChapitre 253 sur 279 · PARTIE III, LETTRE XVIII. 5og · texte numérisé non relu

PARTIE III, LETTRE XVIII. 5og

immense dont il s'occupe désisterait pas, il seroit encore bon <[u il s'en occupât sans cesse pour être plus maître de lui-même, plus fort, plus heureux, et

plus s

Cherchez-vous un exemple sensible des vains sophismes d une raison qui ne s'appuie que sur ellemême? Considérons de sang froid 'es discours de vos philosophes, dignes apologistes du crime, qui ne séduisirent jamais que des cœurs déjà corrompus. Ne diroit-on -pas qu'en s attaquant directement au plus saint et au plus solennel des engagements, ces dangereux raisonneurs ont résolu d anéantir d'un seul coup toute la société humaine, qui n'est fondée que sur la loi des conventions? .Mais vovez, je vous prie, comment ils disculpent un adultère secret. C'est, disent-ils, qu'il nen résulte aucun mal, pas même pour l'époux qui l'ignore : comme s ils pouvoient être surs qu'il 1 ignorera toujours! comme s il suffisoit, pour autoriser le parjure et 1 infidélité, qu'ils ne nuisissent pas à autrui? comme si ce n'étoit pas assez, pour abhorrer le crime, du mal qu il fait à ceux qui le commettent ! Quoi donc! ce n'est pas un mal de manquer de foi, d'anéantir autant qu'il est en soi la force du serment et des contrats les plus inviolables? Ce n est pas un mal de se forcer soi-même à devenir fourbe et menteur? Ce n'est pas un mal de former des liens qui vous font désirer le mai et la mort d autrui, la mort de celui même qu'on doit le plus aimer et avec qui Ion a juré de vivre? Ce n'est pas un mal qu'un élat dont mille autres crimes sont toujours le fruit:'

5lO LA NOUVELLE HÉLOÏSE.

Un bien qui produiroit tant de maux seroit par ceia seul un mal lui-même.

L'un des deux penseroit-il être innocent parcequil est libre peut-être de son côté et ne manque de foi à personne? Il se trompe grossièrement. Ce n'est pas seulement l'intérêt des époux, mais la cause commune de tous les hommes, que la pureté du mariage ne soit point altérée. Chaque fois que deux époux s'unissent par un nœud solennel , il intervient un engagement tacite de tout le genre humain de respecter ce lien sacré , d'honorer en eux l'union conjugale ; et c'est , ce me semble , une raison très forte contre les mariages clandestins , qui , n'offrant nul sigue de cette union , exposent des cœurs innocents à brûler d'une flamme adultère. Le public est en quelque sorte garant dune convention passée en sa présence; et l'on peut dire que l'honneur d'une femme pudique est sous la protection spéciale de tous les gens de bien. Ainsi, quiconque ose la corrompre pèche, premièrement parcequ'il la fait pécher , et qu on partage toujours les crimes qu'on fait commettre ; il pèche encore directement lui-même, parcequil viole la foi publique et sacrée du mariage, sans lequel rien ne peut subsister dans l'ordre légitime des choses humaines.

Le crime est secret , disent-ils , et il n'en résulte aucun mal pour personne. Si ces philosophes croient l'existence de Dieu et l'immortalité de lame , peuventils appeler un crime secret celui qui a pour témoin le premier offensé et le seul vrai juge? étrange secret que celui qu'on dérobe à tous les yeux , hors ceux à qui l'on a le plus d'intérêt à le cacher! Quand même ils ne

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