‹ ŒuvresChapitre 254 sur 279 · PARTIE III, LETTRE XVIII. 5 I I · texte numérisé non relu

PARTIE III, LETTRE XVIII. 5 I I

reconnoîtroient pas la présence de la Divinité , comment osent-ils soutenir qu'ils ne font tle mal à personne? comment prouvent-ils qu'il est indifférent à un père d'avoir des héritiers cpii ne soient pas de son sang, d'être chargé peut-être de plus d'enfants qu'il n'en auroit eu , et forcé de partager ses biens aux gages de son déshonneur sans sentir pour eux des entrailles de père? Supposons ces raisonneurs matérialistes; on n'en est que mieux fondé à leur opposer la douce voix de la nature, qui réclame au fond de tous les cœurs contre une orgueilleuse philosophie, et qu'on n'attaqua jamais par de bonnes raisons. En effet, si le corps seul produit la pensée, et que le sentiment dépende uniquement des organes , deux êtres formés d'un même sang ne doivent-ils pas avoir entre eux une plus étroite analogie, un attachement plus fort l'un pour l'autre, et se ressembler dame comme de visage, ce qui est une grande raison de s'aimer?

JN est-ce donc faire aucun mal , à votre avis , que d'anéantir ou troubler par un sang étranger cette union naturelle , et d'altérer dans son principe l'affection mutuelle qui doit lier entre eux tous les membres d'une famille? Y a-t-il au monde un honnête homme qui n'eût horreur de changer l'enfant d'un autre en nourrice? et le crime est-il inoindre de le changer dans le sein de la mère ?

Si je considère mon sexe en particulier, que de maux j'aperçois dans ce désordre qu'ils prétendent ne faire aucun mal! ne fût-ce que l'avilissement dune femme coupable à qui la perte de l'honneur ôte bientôt toutes les autres vertus. Que d indices trop sûrs pour

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un tendre époux dune intelligence qu ils pensent justifier par le secret, ne fût-ce que de n être plus aimé de sa femme ! Que fera-t-elle avec ses soins artificieux? que mieux prouver son indifférence. Est-ce l'œil de l'amour qu'on abuse par de feintes caresses? et quel supplice , auprès d'un objet chéri , de sentir que la main nous embrasse et que le cœur nous repousse ! Je veux que la fortune seconde une prudence qu'elle a si souvent trompée; je compte un moment pour rien la témérité de confier sa prétendue innocence et le repos d' autrui à des précautions que le ciel se plaît à confondre : que de faussetés , que de mensonges , que de fourberies, pour couvrir un mauvais commerce, pour tromper un mari , pour corrompre des domestiques , pour en imposer au public ! Quel scandale pour des complices ! quel exemple pour des enfants ! que devient leur éducation parmi tant de soins pour satisfaire impunément de coupables feux? Que devient la paix de la maison et l'union des chefs? Quoi! dans tout cela l'époux n'est point lésé ? Mais qui le dédommagera donc d'un cœur qui lui étoit dû? qui lui pourra rendre une femme estimable? qui lui donnera le repos et la sûreté? qui le guérira de ses justes'soupçons? qui fera confier un père au sentiment de la nature en embrassant son propre enfant ?

A l'égard des liaisons prétendues que l'adultère et l'infidélité peuvent former entre les familles, c'est moins une raison sérieuse qu'une plaisanterie absurde et brutale , qui ne mérite pour toute réponse que le inépris et l'indignation. Les trahisons, les querelles, les combats, les meurtres , les empoisonnements, dont

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