‹ ŒuvresChapitre 259 sur 279 · PARTIE III, LETTI'.F. XX · texte numérisé non relu

PARTIE III, LETTI'.F. XX

.1 (tuliliois de vous parier de ms revenus et do leur administration. Le débrie des biens de M. de Wolmar,

joint à celui de mon père . qui ne s Ysi réservé qu'une pension, lui lait une Fortune honnête et modérée, dont il use noblement et sapement , en maintenant tlicz lui non l'incommode et vain appareil du luxe,

mais r.diondanee, les véritables commodités de la vie ' , et le nécessaire chez les voisins iudi.jjenls. L'ordre qu'il a mis dans sa maison est Limage de celui qui régne au fond de son ame , et semble imiter dans un petit ménage Tordre établi dans le gouvernement du monde. On n'v voit 4ii cette inflexible régularité qui donne plus de gêne que d'avantage et n'est supportable qu'à celui qui l'impose, ni cette confusion mal

' 11 n'y a pas d'association plus commune que celle du faste et de la lésine. On prend sur la nature, sur les vrais plaisirs, sur le besoin même, tout ce qu'on donne à l'opinion. Tel homme orne son palais aux dépens de s.i eui>i.ie; tel autre aime mieux une belle vaisselle qu'un lion diné; tel autre tait un repas d'appareil , et meurt de faim tout le reste de l'année. Quand je vois un liut'l. I de vermeil, je m'attends à du vin qui m'empoisonne. Combien de fois, dans des maisons de campagne, en respirant lé frais au malin, l'aspect d un beau jardin vous tente! On se lève de bonne heure, on se promène, on gagne de l' appétit, on veut di '-jeune. : l'oftieier est sorti , ou les provisions manquent , ou madame n'a pas donné ses ordres, ou l'on vous fait ennuyer d'attendre. Quelquefois on vous prévient, on vient magnifiquement vous offrir de tout, à Condition que VOUS n'accepterez, rien. Il faut rester à jeun pisqu'.t trois heures, OU déjeuner avec des tulipes. Je me souviens de m'étre promené dans un très heau pare, dont on disoit que la maîtresse aimoit beaucoup le «aie el n'en prenoit jamais, attendu qu'il coûtoit quatre sous La tasse ; mais elle donnoit de grand cd ur nulle éeus à son jardinier. Je crois que j'aimerois mieux avoir des charmilles moins bien taillées, et prendre du café plus souvent.

5i8 LA NOUVELLE. HÉLOÏSE.

entendue qui pour trop avoir ôte l'usage de tout. On y reeonnoît toujours la main du maître, et 1 on ne la sent jamais ; il a si bien ordonné le premier arrangement qu'à présent tout va tout seul, et qu'on jouit àla-fois de la règle et de la liberté.

Voilà, mon bon ami, une idée abrégée, mais fidèle, du caractère de M. de Wolmar, autant que je l'ai pu connoitre depuis que je vis avec lui. Tel il m'a paru le premier jour, tel il me paroît le dernier sans aucune altération; ce qui me fait espérer que je lai bien vu , et qu'il ne me reste plus rien à découvrir; car je n'imagine pas qu'il pût se montrer autrement sans y perdre.

Sur ce tableau vous pouvez d'avance vous répondre à vous-même; et il faudroit me mépriser beaucoup pour ne pas me croire heureuse avec tant de sujet de l'être'. Ce qui m'a long-temps abusée, et qui peutêtre vous abuse encore , c'est la pensée que l'amour est nécessaire pour former un heureux mariage. Mon ami , c'est une erreur : l'honnêteté , la vertu , de certaines convenances moins de conditions et d'âges que de caractères et d'humeurs , suffi sent entre deu.v époux ; ce qui n'empêche point qu'il ne résulte de cette union un attachement très tendre, qui , pour n'être pas précisément de l'amour, n'en est pas moins doux , et n'en est que plus durable. L'amour est accompagné d'une inquiétude continuelle de jalousie ou de privation , peu convenable au maria«ge, qui est un état de jouis-

' Apparemment qu'elle n'avoit pas découvert encore le fatal secret qui la tourmenta si fort dan* la suite, ou qu'elle ne vuuloii pas alors le confier à son ami,

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