‹ ŒuvresChapitre 260 sur 279 · PARTIE III, LETTRE XX. 5:>o · texte numérisé non relu

PARTIE III, LETTRE XX. 5:>o

sance et de paix. On ne s'épouse point pour penser uniquement 1 un à L'autre, mais pour remplir conjointement les devoirs de la vie civile, gouverner prudemment la maison, bien élever ses enfants. Les ainauLs ue voient jamais qu eux , ne s occupent incessamment que deux, et la seule chose qu'ils sachent faire est de s aimer. Ce n'est pas assez pour des époux , qui ont tant d autres soins à remplir. 11 n'y a point de passion qui nous fasse une si forte illusion que l'amour : on prend sa violence pour un signe de sa durée ; le cœur surchargé d'un sentiment si doux l'étend pour ainsi dire sur l'avenir, et tant que cet amour dure on croit qu'il ne finira point. Mais, au contraire, c'est son ardeur même qui le consume; il s'use avec la jeunesse, il s efface avec la beauté, il s'éteint sous les glaces de l'âge; et depuis que le monde existe on n'a jamais vu deux amants en cheveux blancs soupirer l'un pour l'autre. On doit donc compter qu'on cessera de s'adorer tôt ou tard ; alors , l'idole qu'on servoit détruite, on se voit réciproquement tels qu'on est. On cherche avec étonnement 1 objet qu'on aima : ne le trouvant plus , on se dépite contre celui qui reste , et souvent 1 imagination le défigure autant qu'elle 1 avoit paré. Il y a peu de gens , dit La Rochefoucauld , qui ne soient honteux de s'être aimés , quand ils ne s'aiment plus1. Combien alors il est à craindre que 1 ennui ne succède à des sentiments trop vifs; que leur déclin, sans s'arrêter à 1 indifférence , ne passe

' Je serois bien surpris que Julie eut lu et cite La Rochefoucauld en toute autre occasion : jamais son triste livre ne sera goûté' Je? bonnes gens.

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