‹ ŒuvresChapitre 264 sur 279 · PARTIE III, LETTRE XX · texte numérisé non relu

PARTIE III, LETTRE XX

nui sert plus à éblouir les autres qu'à nous contenter nous-mêmes. Je frémis quand je songe que des gens qui porioient l'adultère au fond de leur cœur osoient parler de vertu. Savez -vous bien ce que signifioit pour nous un terme si respectable et si profané, tandis que nous étions engagés dans nu rommeree criminel? c'étoit cet amour forcené dont nous étions embrasés l'un et l'autre qui déguisent ses transportsous ce saint enthousiasme, pour nous les rendre encore plus chers et nous abuser plus long-temps. iNous étions faits , jose le croire , pour suivre et chérir la véritable vertu ; mais nous nous trompions en la cherchant, et ne suivions qu'un vain fantôme. Il est temps que l'illusion cesse, il est temps de revenir d'un trop long égarement. Mon ami, ce retour ne vous sera pas difficile : vous avez votre guide en vousmême; vous l'avez pu négliger, mais vous ne lavezjamais rebuté. Votre ame est saine, elle s'attache à tout ce qui est bien ; et si quelquefois il lui échappe , c est quelle n'a pas- usé de toute sa force pour s'y tenir. Rentrez au fond de votre conscience , et cherchez si vous n'v retrouveriez point quelque principe oublié qui serviroit à mieux ordonner toutes vos actions , à les lier plus solidement entre elles et avec un objet commun. Ce n'est pas assez , croyez-moi , que la vertu soit la base de votre conduite , si vous n'établissez cette base même sur un fondement inébranlable. Souvenez-vous de ces Indiens qui font porter le monde sur un grand éléphant, et puis l'éléphant sur une tortue ; et quand on leur demande sur quoi porte la tortue , ils ne savent plus que dire.

Je vous conjure de faire quelque attention aux discours de votre amie , et de choisir pour aller au bonheur une route plus sûre que celle qui nous a si longtemps égarés. Je ne cesserai de demander au ciel , pour vous et pour moi , cette félicité pure , et ne serai contente qu'après lavoir obtenue pour tous les deux. Ah ! si jamais nos cœurs se rappellent malgré nous les erreurs de notre jeunesse, faisons au moins que le retour qu'elles auront produit en autorise le souvenir, et que nous puissions dire avec cet ancien : Hélas ! nous périssions si nous n'eussions péri * !

Ici finissent les sermons de la prêcheuse : elle aura désormais assez à faire à se prêcher elle-même. Adieu , mon aimable ami, adieu pour toujours; ainsi l'ordonne 1 inflexible devoir : mais croyez que le cœur de Julie ne sait point oublier ce qui lui fut cher... Mon dieu ! que fais-je?... Vous le verrez trop à l'état de ce papier. Ah ! n est-il pas permis de s'attendrir en disant à son ami le dernier adieu0

LETTRE XXI

DE LAMANT DE ILLIE A MILORD EDOUARD.

Oui, milord , il est vrai, mon arae est oppressée du poids de la vie ; depuis long-temps elle m'est à charge; j ai perdu tout ce qui pou voit me la rendre chère . il ne m'en reste que les ennuis. Mais on dit

Mot de Thimistot le rapporté par Pli-taroue , Dlrts notables des rois et grands capitaines^, §. \o.

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