PARTIE III, LETTRE XXI
qu'il ne m'est pas permis d'en disposer sans Tordre de celui qui me la donnée, .le; sais aussi qu elle vous appartient à plus d'un titre; vos soins me 1 ont sauvée deux fois, et vos bienfaits me la conservent sans cesse : je n'en disposerai jamais que je ne sois sûr de le pouvoir faire sans crime, ni tant qu'il me restera la moindre espérance de la pouvoir employer pour vous.
Vous disiez que je vous éiois nécessaire : pourquoi me trompiez-vous? Depuis que nous sommes à Londres, loin que vous songiez à ni occuper de vous, vous ne vous occupez que dé moi. Que vous prenez de soins superflus! Milord, vous le savez, je hais le crime encore plus que la vie, j'adore 1 Être éternel. Je vous dois tout, je vous aime, je ne tiens qu'à vous sur la terre : L'amitié, le devoir, y peuvent enchaîner un infortuné; des prétextes et des sophismes ne l'y retiendront point. Eclairez ma raison, parlez à mon cœur; je suis prêt à vous entendre; mais souvenezvous que ce n est point le désespoir qu'on abuse.
Vous voulez qu'on raisonne : hé bien! raisonnons. Vous voulez qu'on proportionne la délibération à 1 importance de la question qu'on agite ; j'y consens. Cherchons la vérité paisiblement, tranquillement: discutons la proposition générale comme s'il s'agi>soit d'un autre. Robeck fit l'apologie de la mort volontaire avant de se la donner. Je ne veux pas faire un livre à son exemple, et je ne suis pas fort content du sien; mais j'espère imiter son sang froid dans cette discussion.
J'ai long-temps médité sur ce grave sujet; vous de-
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vez le savoir, car vous connoissez mon sort, et je vis encore. Plus j'y réfléchis, plus je trouve que la question se réduit à cette proposition fondamentale Chercher son bien et fuir son ma! en ce qui n'offense point autrui , c'est le droit de la nature. Quand notre vie est un mal pour nous et n'est un bien pour personne, il est donc permis de s'en délivrer. S il v a dans le monde une maxime évidente et certaine, je pense que c'est celle-là; et si l'on venoit à bout de la renverser, il n'y a point d'action humaine dont on ne \ ût faire an crime.
Que disent là-dessus nos sophistes0 Premièrement ils regardent la vie comme uno chose qui n'est pas à nous, parcequelle nous a été donnée : mais c'est précisément parcequ'elle nous a été donnée quelle est à nous. Dieu lie leur a-t-il pas donné deux bras? cependant, quand ils craignent la gangrène, ils s'en font couper un, et tous les deux, s'il le faut. La parité est exacte pour qui croit L'immortalité de lame; car si je sacrifie mon bras à la conservation d'une chose plus précieuse, qui est mon corps, je sacrifie mon corps à la conservation d'une chose plus précieuse, qui est mon bien-être. Si tous les dons que le ciel nous a laits sont naturellement des biens pour nous, ils ne sont que trop sujets à changer de nature; et il v ajouta la raison pour nous apprendre à les discerner. Si cette règle ne nous autorisoit pas à choisir les uns et rejeter les autres , quel seroit son usage parmi les hommes?
Cette objection si peu solide , ils la retournent de mille manières. Ils regardent l'homme vivant snr1 la