PARTIE HI , LETTRE XXÎ
tPiTPrnmniPun soldai mis en fnrtion. Dieu , disent-ils, t'a placé dans ce monde , pourquoi en sors-tu sans son congé? Mais toi-même, il ta placé dans ta ville, pourquoi en sors-tu s;. us son congé? Le congé n'est-il pas dans le mal-étre? En quelque lieu qu'il me place, soit dans un corps, soit sur la terre, c'est pour y rester autant que j'y suis bien, et pour en sortir dès que j'y suis mal. Voilà la voix de la nature et la voix de Dieu. Il faut attendre l'ordre, j'en conviens; mais quand je meurs naturellement, Dieu ne m'ordonne pas de quitter la vie, il me l'ôte; c'est en me la rendant insupportable qu'il m'ordonne de la quitter. Dans le premier cas , je résiste de toute ma force ; dans le second , j'ai le mérite d obéir.
Concevez - vous qu'il y ait des gens assez injustes pour taxer la mort volontaire de rébellion contre la Providence , comme si l'on vouloit se soustraire à ses lois? Ce n'est point pour s'y soustraire qu'on cesse de vivre , c'est pour les exécuter. Quoi ! Dieu n'a-t-il de pouvoir que sur mon corps? est-il quelque lieu dans l'univers où quelque être existant ne soit pas sous sa main ? et agira-t-il moins immédiatement sur moi quand ma substance épurée sera plus une et plus semblable à la sienne? Non, sa justice et sa bonté font mon espoir; et, si je croyois que la mort pût me soustraire à sa puissance , je ne voudrois plus mourir.
C'est un des sophismes du Pbédon, rempli d'ailleurs de vérités sublimes. Si ton esclave se tuoit, dit Socrate à Cebès , ne le punircis-tu pas, s'il l'étoit possible, pour t'avoir injustement privé de ton bien? Bon
Socrate, que nous dites-vous? N'appartient-on plus à Dieu quand on est mort? Ce n'est point cela du tout; mais il falloit dire : Si tu charges ton esclave d'un vêtement qui le gêne dans le service qu'il te doit, le puniras-tu d'avoir quitté cet habit pour mieux faire son service? La grande erreur est de donner trop d importance à la vie; comme si notre être en dépendoit, et qu'après la mort on ne fut plus rien. Notre vie n'est rien aux yeux de Dieu, elle n'est rien aux yeux de la raison, elle ne doit rien être aux nôtres; et, quand nous laissons notre corps, nous ne faisons que poser un vêtement incommode. Est-ce la peine d'en faire un si grand bruit? Mi lord, ces déclamateurs ne sont point de bonne foi ; absurdes et cruels dans leurs raisonnements , ils aggravent le prétendu crime, comme si Ion s otoit l'existence , et le punissent , comme si l'on existoit toujours.
Quant au Phédon , qui leur a fourni le seul argument spécieux qu'ils aient jamais employé, cette question n'y est traitée que très légèrement et comme en passant. Socrate, condamné par un jugement inique à perdre la vie dans quelques heures, n'avoit pas besoin d'examiner bien attentivement s A lui étoit permis d'en disposer. En supposant qu'il ait tenu réellement les discours que Platon lui fait tenir, crovez-moi , milord, il les eût médités avec plus de soin dans l'occasion de les mettre en pratique; et la preuve qu'on ne peut tirer de cet immortel ouvrage aucune bonne objection contre le droit de disposer de sa propre vie , c'est que Caton le lut par deux fois tout entier la nuit même quil quitta la terre.