‹ ŒuvresChapitre 36 sur 279 · PARTIE I, LETTRE XXII. rp · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE XXII. rp

a dit qu'un pareil arrangement n étoit pas même proposant; et qu'au contraire vous aviez rejeté constamment tous les moindres présents qu elle avoit tâché de vous faire en choses qui ne se refusent pas ; mais cet afr de fierté n'a fait qu exciter la sienne. Et Le moyen de supporter 1 idée d être redevable à un roturier? Il a donc été décidé qu on vous offrirait un paiement , au refus duquel , malgré tout votre mérite , dont on convient, vous seriez remercié de vos soins. Voilà, mon ami, le résumé d une conversation qui a été tenue sur le compte de mon très honoré maître , et durant laquelle son humble écolière n'étoit pas fort tranquille. J'ai cru ne pouvoir trop me hâter de vous en donner avis, afin de vous laisser le temps d'y réfléchir. Aussitôt que vous aurez pris votre résolution , ne manquez pas de m'en instruire ; car cet article est de votre compétence , et mes droits ne vont pas jusque-là.

J'apprends avec peine vos courses dans les montagnes ; non que vous n'y trouviez , à mon avis , une agréable diversion , et que le détail de ce que vous aurez vu ne me soit fort agréable à moi-même : mais je crains pour vous des fatigues que vous n'êtes guère en état de supporter. D'ailleurs la saison est fort avancée ; d un jour à l'autre tout peut se couvrir de neige ; et je prévois que vous aurez encore plus à souffrir du froid que de la fatigue. Si vous tombiez malade dans le pays où vous êtes , je ne m'en consolerois jamais. Revenez donc , mon bon ami , dans mon voisinage. Il n'est pas temps encore de rentrer à Vevai , mais je veux que vous habitiez un séjour moins rude , et que nous soyons plus à portée d'avoir aisément des nouvelles

û6 LA NOUVELLE HÉLOÏSE.

l'un de l'autre. Je vous laisse le maître du choix de votre station. Tâchez seulement qu'on ne sache point ici où vous êtes , et soyez discret sans être mystérieux. Je ne vous dis rien sur ce chapitre , je me fie à l'intérêt que vous avez d'être prudent , et plus encore à celui que j'ai que vous le soyez.

Adieu , mon ami ; je ne puis m'entretenir plus longtemps avec vous. Vous savez de quelles précautions j'ai besoin pour vous écrire. Ce n'est pas tout : mon père a amené un étranger respectable , son ancien ami , et qui lui a sauvé autrefois la vie à la guerre. Jugez si nous nous sommes efforcés de le bien recevoir. Il repart demain, et nous nous hâtons de lui procurer, pour le jour qui nous reste , tous les amusements qui peuvent marquer notre zèle à un tel bienfaiteur. On m'appelle : il faut finir. Adieu derechef.

LETTRE XXIII

A JULIE

A peine ai-je employé huit jours à parcourir un pays qui demanderoit des années d'observation : mais , outre que la neige me chasse , j'ai voulu revenir au-devant du courrier qui m'apporte , j'espère , une de vos lettres. En attendant qu'elle arrive je commence par vous écrire celle-ci , après laquelle j'en écrirai , s'il est nécessaire , une seconde pour répondre à la vôtre.

Je ne vous ferai point ici un détail de mon voyage et de mes remarques; j'en ai fait une relation que je

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