‹ ŒuvresChapitre 58 sur 279 · PARTIE I, LETTRE XXXIII. 1.3g · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE XXXIII. 1.3g

le temps défaire une profonde impression, et où la x multitude des goûts énerve la force des sentiments. Cet état est aussi plus convenable à ma mélancolie ; elle s'entretient du même aliment que mon amour : c'est ta chère image qui soutient l'une et l'autre, et j'aime mieux te voir tendre et sensible au fond de mon cœur, que contraint et distrait dans une assemblée.

Il peut d'ailleurs venir un temps où je serois forcée à une plus grande retraite : fut-il déjà venu, ce temps désiré ! La prudence et mon inclination veulent également que je prenne d'avance des habitudes conformes à ce que peut exiger la nécessité. Ah ! si de mes fautes pouvoit naître le moyen de les réparer ! Le doux espoir d'être un jour... Mais insensiblement j'en dirois plus que je n en veux dire sur le projet qui m occupe. Pardonne-moi ce mystère, mon unique ami ; mon coeur n'aura jamais de secret qui ne te fût doux à savoir. Tu dois pourtant ignorer celui-ci ; et tout ce que je t en puis dire à présent , c'est que l'amour qui fit nos maux doit nous en donner le remède. Raisonne, commente si tu veux, dans ta tête; mais je te défends de m'interroger là-dessus.

LETTRE XXXIV

REPONSE

Nô, non vedrete mai Cambiar gl' affetti miei , Bei lumi onde imparai A sospirar d'amor '.

Que je dois 1 aimer , cette jolie madame Belon, pour le plaisir qu'elle ma procuré ! Pardoune-le-moi , divine Julie, josai jouir un moment de tes tendres alarmes, et ce moment fut un des plus doux de ma vie. Qu ils étoient charmants, ces regards inquiets etcuiïeuxqui se portoient sur nous à la dérobée, et se baissoient aussitôt pour éviter les miens ! Que faisoit alors ton heureux amant? Sentretenoit-il avec madame Belon? Ah! ma Julie, peux-tu le croire? Non, non, fille incomparable ; il étoit plus dignement occupé. Avec quel charme son cœur suivoit les mouvements du tien ! avec quelle avide impatience ses yeux dévoroient tes attraits! Ton amour, ta beauté, remplissoient, ravissoient son ame ; elle pouvoit suffire à peine à tant de sentiments délicieux. Mon seul regret étoit de goûter, aux dépens de celle que j aime, des plaisirs qu elle ne partageoit pas. Sais-je ce que, durant tout ce temps, me dit madame Belon? Sais-je ce que je lui répondis? Le savois-je au moment de notre entretien? A-t-elle pu le savoir elle-même? et pouvoit-elle comprendre

' Non, non, lieaux yeux qui m' apprîtes à soupirer, jamais vous ne verrez changer mes affections. MÉTàST.

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