PARTIE 1, LETTRE XXXVII. IDJ
saute essuya si souvent mes pleurs, combien de fois
n'eusse- je pas déjà succombé sous le plus mortel abattement! Mais vos tendres soins me soutiennent, je n'ose m avilir tant que vous m'estimez eue oie, et je me dis avec complaisance que vous ne m'aimeriez pas tant 1 un et l'autre, si je n étois digne que de mépris. Je \ oie dans les bras de celte chère cousine, ou plutôt de celle tendre sœur, déposer au fond de son coeur une importune tristesse. Toi , viens ce soir achever de rendre au mien la joie et la sérénité qu'il a perdues.
LETTRE XXXVIII
A JULIE
îson , Julie , il ne m'est pas possible de ne te voir chaque jour que comme je t'ai vue la veille : il faut que mon amour s'augmente et croisse incessamment avec tes charmes , et tu m'es une source inépuisable de sentiments nouveaux que je n'aurais pas même imaginés. Quelle soirée inconcevable ! Que de délices inconnues tu fis éprouver à mon cœur! O tristesse enchanteresse! ô langueur d'une ame attendrie ! combien vous surpassez les turbulents plaisirs , et la gaieté folâtre, et la. joie emportée, et tous les transports qu'une ardeur sans mesure offre aux désirs effrénés des amants ! Paisible et pure jouissance qui n'as rien d'égal dans la volupté des sens , jamais , jamais ton pénétrant souvenir ne s'effacera de mon cœur! Dieux! quel ravissait l spectacle , ou plutôt quelle extase, de voir deux beau-
tés si touchantes s'embrasser tendrement, le visage de 1 une se pencher sur le sein de 1 autre , leurs douces larmes se confondre, et baigner ce sein charmant comme la rosée du ciel humecte un lis fraîchement éclos! Jétois jaloux dune amitié si tendre; je lui trouvois je ne sais quoi de plus intéressant qu'à l'amour même, et je me voulois une sorte de mal de ne pouvoir t'offrir des consolations aussi chères, sans les troubler par l'agitation de mes transports. Non , rien , rien sur la terre n'est capable d exciter un si voluptueux attendrissement que vos mutuelles caresses ; et le spectacle de deux amants eût offert à mes yeux une sensation moins délicieuse.
Ah! qu'en ce moment j'eusse été amoureux de cette aimable cousine, si Julie n'eût pas existé! Mais non, cétoit Julie elle-même qui répandoit son charme invincible sur tout ce qui lenvironnoit. Ta robe, ton ajustement, tes gants, ton éventail, ton ouvrage, tout ce qui frappoit autour de toi mes regards enchantoit mon cœur, et toi seule faisois tout l'enchantement. Arrête , ô ma ilouce amie ! à force d augmenter mon ivresse tu m'ôterois le plaisir de la sentir. Ce que tu me fais éprouver approche d un vrai délire, et je crains d en perdre enfin la raison. Laisse-moi du moins connoître un égarement qui fait mon bonheur; laisse-moi goûter ce nouvel enthousiasme, plus sublime, plus vif, que toutes les idées que j avois'de l'amour. Quoi! lu peux te croire avilie ! quoi ! la passion t ôte-t-elle aussi le sens? Moi , je te trouve trop parfaite pour une mortelle. Je t iinaginerois d une espèce plus pure, si ce feu dévoranl qui pénétre ma substance ne m unis-