PARTIE I, LETTRE XXXW1I. i
soit à la tienne, et ne nie faisoit sentir ([il elles .sont la même. Non, personne au monde ne te connoît; tune te cannois pas toi-même; mon cœur seul te connoît,
te sent, et sait te mettre à ta place. Ma Julie! ah! quels hommages te seroient ravis si tn nétois qu'adorée ! Ali ! si tn n étois qu un ange, combien tu perdrais de ton prix !
Dis-moi comment il se peut qu une passion telle (pie la mienne puisse augmenter. Je l'ignore, mais je I éprouve. Quoique tu me sois présente dans tous les temps, il v a quelques jours surtout que ton image, plus belle cpie jamais, nie poursuit et me tourmente a\ ee une activité à laquelle ni lieu ni temps ne me dérobe; et je crois que tu me laissas avec elle dans ce chalet que tu quittas en finissant ta dernière lettre. Depuis qu'il est question de ce rendez-vous champêtre , je suis trois fois sorti de la ville ; chaque fois mes pieds m'ont porté des mêmes côtés, et chaque fois la perspective d'un séjour si désiré m'a paru plus agréable.
Non vide il mondo si leggiadri rami, Ne mosse 'I venin niai si verdi frondi '.
Je trouve la campagne plus riante, la verdure plus fraîche et plus vive, l'air pins pur, le ciel plus serein ; le chant des oiseaux semble avoir plus de tendresse ci de volupté; le murmure des eaux inspire une langueur plus amoureuse ; la vigne en fleurs exhale au loin de plus doux parfums ; un charme secret embellit tous
Jamais oil d'homme no vit des borates aussi charmants, jamais zéphyr n'a;;iia de nlus verts feuillages. Pétr.uic.
les objets ou fascine mes sens ; on diroit que la terre se pare pour former à ton heureux amant un lit nuptial digne de la beauté qu il adore et du feu qui le consume. O ma Julie ! ô chère et précieuse moitié de mon ame! hâtons-nous d'ajouter à ces ornements du printemps la présence de deux amants fidèles. Portons le sentiment du plaisir dans des lieux qui n'en offrent qu une vaine image; allons animer toute la nature, elle est morte sans les feux de l'amour. Quoi ! trois jours d attente! trois jours encore! Ivre d amour, affamé de transports, j attends ce moment tardif avec une douloureuse impatience. Ah ! qu on seroit heureux si le ciel ôtoit de la vie tous les ennuyeux intervalles qui séparent de pareils instants !
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LETTRE XXXIX
DE JULIE
Tu n as pas un sentiment, mon bon ami , que mon cœur ne partage ; mais ne me parle plus de plaisir taudis que des gens qui valent mieux que nous, souffrent, gémissent, et que j ai leur peine à me reprocher. Lis la lettre ci-jointe, et sois tranquille si tu le peux; pour moi , qui comtois l'aimable et bonne fille qui Ta écrite, je n ai pu la lire sans des larmes de remords et de pitié. Le regret de ma coupable négligence m'a pénétré lame, et je vois avec une amère confusion jusqu où l'oubli du premier de mes devoirs ma fait porter celui de tous les autres. J'avois promis de prendre