‹ ŒuvresChapitre 75 sur 279 · PARTIE I, LETTRE XLVI. i - J · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE XLVI. i - J

tout perçants qu'ils sont, savent-ils voir des défauts? C'est à i intégre amitié que ces soins appartiennent, et là-dessus ta disciple Claire esl cent fois plus savante que toi. Oui, mon ami, loue-moi, admire-moi, trouvemoi belle, charmante, parfaite; tes éloges me plaisent sans me séduire, pareeque je vois qu'ils sont le langage de Terreur et non de la fausseté, et que tu te trompes toi-même, mais que tu neveux pas me tromper.

0 que les illusions de 1 amour sont aimables ! ses flatteries sont eu un sens des vérités : le jugement se tait, mais le cœur parle. L'amant qui loue en nous des perfections que nous n'avons pas les voit en effet telles qu'il les représente; il ne ment point en disant des mensonges ; il flatte sans s'avilir, et Ton peut au moins

1 estimer sans le croire.

J'ai entendu , non sans quelque battement de cœur, proposer d'avoir demain deux philosophes à souper. L'un est milord Edouard : l'autre est un sage dont la gravité s'est quelquefois un peu dérangée aux pieds d'une jeune écolière; ne le connoîtriez-vous point? Exhortez-le , je vous prie , à tâcher de garder demain le décorum philosophique un peu mieux qu à son ordinaire. J'aurai soin d'avertir aussi la petite personne de baisser les yeux , et d'être aux siens le moins jolie qu'il se pourra.

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LETTRE XLVII

Ah mauvaise ! est-ce là la circonspection que tu m'avois promise ? est-ce ainsi que tu ménages mon cœur et voiles tes attraits ? Que de contraventions à tes engagements! Premièrement ta parure, car tu n en avois point , et tu sais bien que jamais tu n'es si dangereuse. Secondement, ton maintien si doux , si modeste , si propre à laisser remarquer à loisir toutes tes grâces. Ton parler plus rare, plus réfléchi, plus spirituel encore qu'à l'ordinaire, qui nous rendoit tous plus attentifs , et faisoit voler l'oreille et le cœur au-devant de chaque mot. Cet air que tu chantas à demi-voix , pour donner encore plus de douceur à ton chant , et qui , bien que François , plut à milord Edouard même. Ton regard timide et tes yeux baissés , dont les éclairs inattendus me jetaient dans un trouble inévitable. Enfin, ce je ne sais quoi d'inexprimable, d'enchanteur , que tu semblois avoir répandu sur toute ta personne pour faire tourner la tête à tout le monde , sans paroître même y songer. Je ne sais , pour moi , comment tu t'y prends ; mais, si telle est ta manière d être jolie le moins qu'il est possible, je t'avertis que c'est l'être beaucoup plus qu'il ne faut pour avoir des sages autour de soi.

Je crains fort que le pauvre philosophe anglois n'ait un peu ressenti la même influence. Après avoir recon-

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