PARTIE I, LETTRE XLVII. I~j
duit ta cousine , connue nous étions tous encore fort éveillés , il nous proposa d'aller chez lui l'aire de la musique et boire du punch. Tandis qn on rassembloit ses gens , il ne cessa de nous parler de toi avec un feu qui me déplut, et je n'entendis pas ton éloge dans sa bouche avec autant de plaisir que tu avois entendu le mien. En général, j'avoue que je n aime point que personne, excepté ta cousine, me parle de toi; il me semble; que chaque mot môte une partie de mon secret ou de mes plaisirs ; et, quoi que Ion puisse dire, on y met un intérêt si suspect, ou l'on est si loin de ce que je sens , que je n aime écouter là-dessus que moimême.
Ce n'est pas que j'aie comme toi du penchant à la jalousie. Je connois mieux ton ame; j'ai des garants qui ne me permettent pas même d imaginer ton changement possible. Après tes assurances, je ne te dis plus rien des autres prétendants. Mais celui-ci, Julie... des conditions sortables... les préjugés de ton père... Tu sais bien qu il s agit de ma vie ; daigne donc me dire un mot là-dessus. Un mot de Julie, et je suis tranquille à jamais.
J'ai passé la nuit à entendre ou exécuter de la musique italienne , car il s est trouvé des duo et il a fallu hasarder d'y faire ma partie. Je n'ose te parler encore de l'effet quelle a produit sur moi; j ai peur , j'ai peur que l'impression du souper d'hier ne se soit prolongée sur ce que j'entendois, et que je n'aie pris l'effet de tes séductions pour le charme de la musique. Pourquoi la même cause qui me la rendoit ennuyeuse à Sion ne pourroit-elle pas ici me la rendre agréable dans une
situation contraire? ÏNes-tu pas la première source de toutes les affections de mon ame? et suis-je à l'épreuve des prestiges de ta magie ? Si la musique eût réellement produit cet enchantement , il eût agi sur tous ceux qui Tentendoient. Mais, tandis que ces chants me tenoient en extase, M. d'Orbe dormoit tranquillement dans un fauteuil, et, au milieu de mes transports, il s'est contenté pour tout éloge de demander si ta cousine savoit l'italien.
Tout ceci sera mieux éclairci demain ; car nous avons pour ce soir un nouveau rendez-vous de musique. Milord veut la rendre complète , et il a mandé de Lausanne un second violon qu'il dit être assez entendu. Je porterai de mon coté des scènes, des cantates françoises , et nous verrons.
En arrivant chez moi j'étois d'un accablement que ma donné le peu d'habitude de veiller et qui se perd en t écrivant. Il faut pourtant tâcher de dormir quelques heures. Viens avec moi, ma douce amie ; ne me quitte point durant mon sommeil : mais, soit que ton image le trouble ou le favorise , soit qu'il m'offre ou non les noces de la Fanchon , un instant délicieux qui ne peut m'échapper et qu'il me prépare , c'est le sentiment de mon bonheur au réveil.
LETTRE XLVIII
A JULIE
Ah! ma Julie, qu'ai-je entendu? Quels sons touchants ! quelle musique ! quelle source délicieuse de