‹ ŒuvresChapitre 79 sur 279 · PARTIE I, LETTRE XI. VIII. 1S · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE XI. VIII. 1S

Je n'avois qu'un regret, mais il ne me quittait point;

(•Chut qu'un autre que loi formai des sons dont j dois si touché, et do voir sortir do la bouche d'un vil eastrato les plus tendres expressions i\c l'amour. () ma Julie! n'est-ce pas à nous de revendiquer tout ce qui appartient au sentiment? Qui sentira , qui dira mieux que nous ce que doit dire et sentir une ame attendrie? Qui saura prononcer d'un ton plus touchant le cor min, Vidolo amato? Ah! que le cœur prêtera d'énergie à lart si jamais nous chantons ensemble un de ces duo charmants qui font couler des larmes si délicieuses l Je te conjure premièrement d'entendre un essai de cette musique, soit chez toi , soit chez l'inséparable. Milord y conduira quand tu voudras tout son monde, et je suis sûr qu'avec un organe aussi sensible que le tien , et plus de connoissance que je n'en avois de la déclamation italienne , une seule séance suffira pour t amener au point où je suis , et te faire partager mon enthousiasme. Je te propose et te prie encore de profiter du séjour du virtuose pour prendre leçon de lui, comme j'ai commencé de faire dès ce matin. Sa manière d'enseigner est simple, nette, et consiste en pratique plus qu'en discours ; il ne dit pas ce qu'il faut faire , il le fait ; et en ceci , comme en bien d'autres choses , l'exemple vaut mieux que la règle. Je vois déjà qu'il n'est question que de s'asservir à la mesure , de la bien sentir, de phraser et ponctuer avec soin , de soutenir également des sons et non de les renfler, enfin d'ôter de la voix les éclats et toute la pretintaille françoise , pour la rendre juste , expressive , et flexible ; la tienne, naturellement si légère et si douce, prendra

facilement ce nouveau pli ; tu trouveras bientôt dans ta sensibilité 1 énergie et la vivacité de l'accent qui anime la musique italienne ,

E'1 cantar che nell' anima si sente '.

Laisse donc pour jamais cet ennuyeux et lamentable cliant François qui ressemble aux cris de la colique mieux qu'aux transports des passions. Apprends à former ces sons divins que le sentiment inspire , seuls dignes de ta voix, seuls dignes de ton cœur, et qui portent toujours avec eux le charme et le feu des caractères sensibles.

LETTRE XLIX

DE JULIE

Tu sais bien , mon ami , que je ne puis téerire qu'à la dérobée, et toujours en danger d être surprise. Ainsi , dans limpossibilité de faire de longues lettres , je me borne à répondre à ce qu il y a de plus essentiel dans les tiennes , ou à suppléer à ce que je ne t'ai pu dire dans des conversations non moins furtives de bouche que par écrit. C'est ce que je ferai surtout aujourd'hui que deux mots au sujet de milord Edouard me font oublier le reste de ta lettre.

Mon ami , tu crains de me perdre , et me parles de chansons ! belle matière à tracasserie entre amants

Et le (haut qui <e sent dans lame. Pétr.

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