PARTIE I, LF.TTÏÏK \1.IX. Î
ijiii sVntendroioni moins. Vraiment lu n'es pas jaloux, ou le \oil bien; niiùs pour te coup je ne sciai pas jalouse moi-mémo, car j ai pénétré dans ton aine el ne sens que ta confiance où d'autres eroiioient sentir ta froideur. O la douce et charmante sécurité que celle qui vient du sentiment dune union parfaite! (l'est par elle , je le sais , que tu tires de ton propre cœur Le hou témoignage du mien; c est par elle aussi que le mien te justifie; et jeté croirois bien moins amoureux si je te vovois plus alarmé.
.le no sais ni ne veux savoir si milord Edouard a <l autres attentions pour moi que celles qu'ont tous les hommes pour les personnes de mon âge; ce n'est point de ses sentiments qu'il s agit, mais de ceux de mon père et des miens ; ils sont aussi d accord sur son compte cpie sur celui des prétendus prétendants dont lu dis que tu ne dis rien. Si son exclusion et la leur suffisent à ton repos , sois tranquille. Quelque honneur que nous fit la recherche d un homme de ce rang, jamais, du consentement du père ni de la fille, Julie d Étange ne sera lady Uomston. Voilà sur quoi tu poux compter.
Ne va pas croire qu il ait été pour cela question de milord Edouard , je suis sûre que de nous quatre tu es le seul qui puisse même lui supposer du goût pour moi. Quoi qu il en soit, je sais à cet égard la volonté de mon père sans qu'il en ait parlé ni à moi ni à personne; et je n'en serois pas mieux instruite quand il me fauroit positivement déclarée. En voilà assez pour calmer tes craintes , c'est-à-dire autant que tu en dois savoir. Le reste scroit pour toi de pure curiosité , et
l84 LA NOUVELLE HÉLOÏSE.
tu sais que j'ai résolu de ne la pas satisfaire. Tu as beau me reprocher cette réserve et la prétendre hors de propos dans nos intérêts communs : si je Pavois toujours eue, elle me seroit moins importante aujourd'hui. Sans le compte indiscret que je te rendis d'un discours de mon père, tu n'aurais point été te désoler à Meillerie ; tu ne m eusses point écrit la lettre qui ma perdue ; je vivrais innocente, et pourrois encore aspirer au bonheur. Juge, par ce que me coûte une seule indiscrétion, de la crainte que je dois avoir d'en commettre d'autres. Tu as trop d emportement pour avoir de la prudence; tu pourrois plutôt vaincre tes passions que les déguiser. La moindre alarme te mettrait en fureur; à la moindre lueur favorable tu ne douterois plus de rien ; on liroit tous nos secrets dans ton ame , et tu détruirais à force de zélé tout le succès de mes soins. Laisse-moi donc les soucis de l'amour, et n'en garde que les plaisirs ; ce partage est-il si pénible ? et ne sens-tu pas que tu ne peux rien à notre bonheur que de n'y point mettre obstacle?
Hélas! que me serviront désormais ces précautions tardives ? Est-il temps d'affermir ses pas au fond du précipice , et de prévenir les maux dont on se sent accablé? Ah! misérable fille, c'est bien à toi de parler de bonheur! En peut-il jamais être où régnent la honte et le remords ? Dieu ! quel état cruel , de ne pouvoir ni supporter son crime , ni s en repentir ; d être assiégé par mille frayeurs , abusé par mille espérances vaines , et de ne jouir pas même de lhorrible tranquillité du désespoir! Je suis désormais à la seule merci du sort. Ce n'est plus ni de force ni de vertu qu'il est question,