‹ ŒuvresChapitre 82 sur 279 · PARTIE I, LETTRE L · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE L

Votre cœur n est point coupable, j'en suis très sûre; cependant vous avez navré le mien; et, sans savoir ce que vous faisiez, vous désoliez comme à plaisir ce cœur trop facile à s'alarmer, et pour qui rien n est indifférent de ce qui lui vient de vous.

LETTRE LI

RÉPONSE

Il n'y a pas une ligne dans votre lettre qui ne me lasse glacer le sang; et j ai peine à croire, après 1 avoir relue vingt fois, que ce soit à moi qti elle est adressée. Qui? moi? moi? j aurois offensé Julie? j aurois profané ses attraits? celle à qui chaque instant de ma vie j offre des adorations eût été en butte à mes outrages? Non, je me serois percé le cœur mille fois avant qu'un projet si barbare en eût approché. Ah ! que tu le connois mal , ce cœur qui t idolâtre , ce cœur qui vole et se prosterne sous chacun de tes pas , ce cœur qui voudroit inventer pour toi de nouveaux hommages inconnus aux mortels ! que tu le comtois mal , 6 Julie ! si tu 1 accuses de manquer envers toi à ce respect ordinaire et commun qu un amant vulgaire auroit même pour sa niaitresse ! Je ne crois être ni impudent ni brutal , je hais les discours déshonnétes, et n'entrai de mes jours dans les lieux ou Ion apprend à les tenir : mais, que je le redise après toi, que je renchérisse sur ta juste indignation ; quand je serois le plus vil des mortels, quand j'aurois passé mes premiers ans dans la

crapule, quand le goût des honteux plaisirs pourrait trouver place en un cœur où tu régnes , oh ! dis-moi , Julie , ange du ciel! dis-moi comment je pourrais apporter devant toi l'effronterie qu'on ne peut avoir que devant celles qui l'aiment. Ah ! non , il n'est pas possible. Un seul de tes regards eût contenu ma bouche et purifié mon cœur. L'amour eût couvert mes désirs emportés des charmes de ta modestie ; il l'eût vaincue sans l'outrager; et, dans la douce union de nos aines, leur seul délire eût produit les erreurs des sens. J'en appelle à ton propre témoignage. Dis si, dans toutes les fureurs dune passion sans mesure, je cessai jamais d'en respecter le charmant objet. Si je reçus le prix que ma flamme avoit mérité, dis si j'abusai de mon bonheur pour outrager la douce honte. Si d une main timide l'amour ardent et craintif attenta quelquefois à tes charmes , dis si jamais une témérité brutale osa les profaner. Quand un transport indiscret écarte un instant le voile qui les couvre , l'aimable pudeur n'y substitue-t-elle pas aussitôt le sien? Ce vêtement sacré t'abandonneroit-il un moment quand tu n'en aurais point d'autre? Incorruptible comme ton ame honnête, tous les feux de la mienne lont-ils jamais altéré? Cette union si touchante et si tendre ne suffit-elle pas à notre félicité? ne fait-elle pas seule tout le bonheur de nos jours? connoissons-nous au monde quelques plaisirs hors ceux que l'amour donne? en voudrions-nous connoître d'autres? Conçois-tu comment cet enchantement eût pu se détruire? Comment! j'aurois oublié dans un moment L'honnêteté , notre amour, mon honneur, et l'invincible respect que j au-

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