‹ ŒuvresChapitre 9 sur 279 · PARTIE I, LETTRE II I. I · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE II I. I

REPONSE

Je me suis tu long-temps , vos froideurs mont fait parler à la fin. Si Ton peut se vaincre pour la vertu, l'on ne supporte point le mépris de ce qu'on aime. Il faut partir.

IIe BILLET DE JULIE.

Non , monsieur, après ce que vous avez paru sentir, après ce que vous m'avez osé dire , un homme tel que vous avez feint d'être ne part point; il fait plus.

RÉPONSE

Je n'ai rien feint qu'une passion modérée dans un cœur au désespoir. Demain vous serez contente, et, quoi que vous en puissiez dire , j'aurai moins fait que de partir.

IIIe BILLET DE JULIE.

Insensé ! si mes jours te sont chers , crains d'attenter aux tiens. Je suis obsédée , et ne puis ni vous parler ni vous écrire jusqu'à demain. Attendez.

LETTRE IV

DE JULIE

11 faut donc l'avouer enfin, ce fatal secret trop mal déguisé ! combien de fois j'ai juré qu'il ne sortiroit de mon cœur qu'avec la vie ! La tienne en danger me l'arrache ; il m'échappe , et l'honneur est perdu. Hélas ! j'ai trop tenu parole : est-il une mort plus cruelle que de survivre à l'honneur?

Que dire? comment rompre un si pénible silence? ou plutôt n'ai-je pas déjà tout dit , et ne m'as-tu pas trop entendue? Ah ! tu en as trop vu pour ne pas deviner le reste ! Entraînée par degrés dans les pièges d'un vil séducteur, je vois, sans pouvoir m'arrêter, l'horrible précipice où je cours. Homme artificieux! c'est bien plus mon amour que le tien qui fait ton audace. Tu vois l'égarement de mon cœur, tu t'en prévaux pour me perdre ; et quand tu me rends méprisable , le pire de mes maux est d'être forcée à te mépriser. Ah! malheureux, je t'estimois, et tu me déshonores ! crois-moi , si ton cœur étoit fait pour jouir en paix de ce triomphe , il ne l'eût jamais obtenu.

Tu le sais, tes remords en augmenteront; je n'avois point dans lame des inclinations vicieuses. La modestie et l'honnêteté m'étoient chères ; j'aimois à les nourrir dans une vie simple et laborieuse. Que m'ont servi des soins que le ciel a rejetés? Dès le premier jour que j'eus le malheur de te voir, je sentis le poison

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