‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 113 sur 158 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

A. BEUN, llUE DES MATHURIIVS S.-J. , N®. l4.

BOSSANGE PÈRE ET FILS ^ RUE DE TOORIfON , JH^. 6.

BOSSAIVGE FRÈRES, RUE DE SEIME, If®. la.

DISCOURS

Prononcé à V Académie des Sciences, en présence du roi de

Danemarcky le 3 décembre 1768.

JLiE voyage que sa majesté le roi de Danemarck fit en France dans Tannée 1768, procura à rAcadcmie des Sciences l'honneur de recevoir ce monarque. Elle fut avertie que sa majesté danoise désirait assister à une de ses assemblées , et qu'elle avait choisi celle du 3 décembre pour l'honorer de sa présence : mais que voulant aussi visiter l'Académie Française et celle des Belles- Lettres , ce prince ne viendrait à l'Académie des Sciences que la séance commencée : elle commença donc et se tint à l'ordinaire jusqu'au moment oli l'on fut informé de l'arrivée du roi du Danemarck : alors l'Académie en corps , les officiers à la télé , alla le recevoir à la porte de la chapelle par oii il avait passé en venant de l'Académie des Belles-Lettres , et le conduisit dans la salle , oii sa majesté prit place dans un fauteuil placé au milieu de la table des honoraires. Tout le monde étant resté debout , il invita la compagnie à s'asseoir : il avait à sa droite le comte de Saint-Florentin , président ; à sa gauche, le marquis de Courtanvaux , vice-président ; à la droite du comte de Saint-Florentin , Duhamel , directeur ; à la gauche du marquis de Courtanvaux, d'Alembert , sous-directeur ; et ensuite , à droite et à gauche , les honoraires et les autres académiciens dans leurs places ordi« naires. On avait disposé dans le parquet , pour la suite de sa majesté danobe , et autour de la salle , des sièges et des banquettes pour les personnes que la curiosité y avait attirées ; et comme l'Académie regardait cette journée comme un jour de fête pour elle y les dames même y avaient été admises et remplissaient les tribunes.

Tout le monde étant en place , d'Alembert lut le discours suivant adressé à l'assemblée.

Messieurs, la philosophie, toute portée qu'elle est à fuir l'éclat et l'appareil , a cependant quelque droit à l'estime des hommes , puisqu'elle travaille à les éclairer. Mais la simplîdté qui fait son caractère , ne lui permet pas de s'annoncer et de se faire valoir elle-même. Peu imposante et peu active , elle a besoin , pour se produire avec confiance, de protecteurs puissans et respectés. Il est réservé aux rois de rendre ce service à la philosophie , ou plutôt aux hommes. Contente des regards du

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sage , la vérité aime à s'ensevelir avec lui dans la retraite ; c'est aux souverains , dont l'opinion et l'exemple ont souvent plus de pouvoir que leur volonté même , à tirer de cette retraite la vérité modeste et timide , et à la placer près de ce trône oii tous les yeux sont attachés. Il est vrai, messieurs , que l'avantage de la raison est de se voir ^ôt ou tard écoutée et suivie ; qu'elle exerce sur les esprits, sans bruit et sans effort, une autorité lente et secrète , et par là même plus assurée ; que le moment de triomphe arrive enfin , quelque obstacle qu'on y oppose : mais la gloire des princes est de hâter ce moment ; et le plus grand bonheur d'une nation , est que ceux qui la gouvernent soient d'accord avec ceux qui l'instruisent.

Quelle douce satisfaction ne doit pas ressentir une compagnie de gens de lettres , quand elle voit ceux que les peuples ont pour maîtres et prennent pour modèles , s'intéresser à ses travaux , les encourager par leur estime , les animer par leurs regards ? Nous avons joui plus d'une fois, messieurs, de ce précieux avantage. Nous avons eu le bonheur de voir notre auguste monarque ' , à peine sorti de l'enfance , honorer de sa présence nos assemblées , entrer dans le détail de nos occupations , et nous annoncer, par cet heureux présage , la protection qu'il leur accorde. Nous avons vu le souverain d'un vaste empire ', né dans le 'sein de la barbarie avec un génie créateur, venir chercher dans ce sanctuaire des sciences le flambeau qu'il devait secouer sur la tête de sa nation , engourdie sous le double esclavage de la superstition et du despotisme. Qu'il est flatteur pour nous de joindre à ces noms respectables , celui d'un jeune prince qui , après avoir montré à la nation française les qualités aimables auxquelles elle met tant de prix, prouve qu'il sait mettre un prix plus réel à la raison et aux lumières ! Il donne cette leçon par son exemple , non-seulement à ceux qui , placés comme lui de bonne heure sur le tr^ne , n'en connaîtraient pas aussi bien que lui les besoins et les devoirs , mais à ceux même qui , placés moins haut , avaient le malheur de regarder l'ignorance et le mépris des talens comme l'apanage de la naissance et des dignités. Rassasié, et presque fatigué de nos fêtes , il vient dans cet asile de la philosophie se dérober pour quelques momens aux plaisirs qui le poursuivent ; et les amusemens dont on l'accable augmentent son empressement à connaître cette partie de la nation que les étrangers et les souverains semblent honorer particulièrement de leur estime. Quoique déjà très-instruit , quoique jeune , et quoique prince , ( que de titres pour la présomption !) il croit

' Loais XV.

* Le cxar Pierre.

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