‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 114 sur 158 · A L'ACADÉMIE DES SCIENCES · texte numérisé non relu

A L'ACADÉMIE DES SCIENCES

t|u*il lui reste encore à apprendre , et qu'on ne peut ctre trop éclairé quand on tient les rênes d'un grand empire. Souverain d'un royayme oii les sciences sont cultivées avec succès , il n'avait pas besoin sans doute de sortir de chez lui pour les trouver. Mais il sait que la nature , qui n'a pas réuni tous les talens dans un seul homme , n'a pas non plus concentré toutes les lumières dans un seul peuple ; il voyage donc pour ajouter de nouvelles richesses à celles qu'il possède , et pour les rapporter et les répandre dans les États qui lui sont soumis : persuadé que les sciences sont une espèce de commerce y oîi toutes les nations éclairées doivent donner et recevoir. Cette vérité, messieurs, est trop essentielle aux progrès des lettres , pour être oubliée ou méconnue de ceux qui les cultivent. La nation française en particulier ( nous osons attester ici les respectables étrangers qui nous écoutent ) , a toujours vivement senti les avantages de ce commerce mutuel. Quoique sa langue et ses écrits soient répandus par toute l'Europe , quoique les lettres soient aujourd'hui le plus solide fonde» ment de sa gloire , elle n'en reconnaît pas moins tout ce qu'elle a reçu des autres peuples ; peut-être même la justice qu'elle aime à leur rendre , est un des traits qui la caractérisent le plus; au moins devrait-il la garantir du reproche de présomption qu'on se plaît un peu trop à lui faire. L'Académie aime surtout à se rappeler en ce moment , qu'elle a été redevable au Danemarck de deux hommes justement comptés au nombre de ses plus illustres membres , Roémer, connu par l'importante découverte de la vitesse de la lumière , et Winslow , l'un des plus grands anatomistes de son temps. Il n'y a qu'un petit nombre d'années que ce dernier était encore au milieu de nous : les élèves qu'il a formés y ont consacré son image ', et l'un des premiers objets qui, dans cette salle , s'offre aux regards du souverain que nous avons l'honneur d'y recevoir, est le buste d'un savant né dans ses États, et devenu notre confrère. Nous ne parlons encore que comme académiciens et comme Français de notre reconnaissance envers la nation danoise. Cette reconnaissance serait bien plus étendue, si , comme citoyen de l'Europe littéraire , nous voulions détailler les obligations que les sciences ont depuis long-temps à cette nation éclairée. Un seul nom , mais un nom immortel, nous dispensera d'en citer beaucoup d'autres, celui du célèbre Tychofiralié , qu'à la vérité un malheureux scrupule tliéologique écarta du vrai système du monde , mais dont les travaux pleins de génie, et les observations précieuses, ont servi do base aux grandes découvertes qui ont mis ce système hors d'atteinte. Ce n'est pas seulement à l'astronomie, à ce chef-d'œuvre de la sagacité hu- ' Le buste de Winslow ^taic dnns Ja salle d'niscrahlee de I académie.

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maiue, que la nalion danoise a rendu des services éclalans.Pour nous borner au plus récent de tous , les .peuples qui prennent quelque intérêt au progrès des lumières , pourraient-ils oublier ce qu'ils doivent aux savans Danois qui viennent de parcourir les déserts de l'Asie et de TAfrique, pour augmenter par leurs recherches le dépôt des connaissances humaines? Vous n'ignorez pas , messieurs, et vous l'avez appris avec douleur , que presque tous ont péri dans ce voyage , victimes respectables et infortunées de leur zèle. Un seul d'entre eux semble n'avoir échappé à la mort que pour conserver à leur patrie et à la postérité lea précieux fruits de leurs travaux. Puissent les sciences et les iet^es , pour lesquelles ils se sont dévoués avec tant de courage, rendre à leur mémoire, le même honneur que Rome et la Grèce rendaient autrefois aux généreux citoyens qui avaient perdu la vie dans les combats! Puissent toutes les académies de l'Europe graver sur leur tombe cette inscription simple et touchante , que le patriotisme a consacré !

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