‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 131 sur 158 · DES PASTEURS DE GENÈVE · texte numérisé non relu

DES PASTEURS DE GENÈVE

Si l'un de nos principes est de ne n'en proposer à croire qui heurte la raison ^ ce n'est point là, comme on le suppose , un caractère de socinianisme. Ce principe est commun à tous les protestans ; et ils s'en servent pour rejeter des doctrines absurdes, telles qu'il ne s'en trouve point dans l'Écriture sainte bien entendue* Mais ce principe ne va pas jusqu'à nous faire rejeter tout ce qu^on appelle htstères, puisque c'est le nom que nous donnons à des vérités d'un ordre surnaturel , que la seule raison humaine ne découvre pas, ou qu'elle ne saurait coihprendre parfaitement, qui n'ont pourtant rien d'impossible en ellesmêmes , et que Dieu nous a révélées '. Il suffit que cette révéla-

çon de penser, on les ioTite it s*en expliquer fonnellemeat; sans qooi il restera toujours k leur ^gard des doutes Acheux.

' Tout cet article n^est pas clair , et arait d'autant plus besoin de Tétre , que c'est un des points les plus essentiels de la profession de foi qu'on noua pre'sente. Les ministres de GenèTe couTiennent d'abord qu*un de leur» prin" cipes cit en effet de ne rien proposer à croire gui heurte la raison ; ils se servent t disent-ils , de ce principe ^ pour rejeter des doctrines absurdes , telles qu'il ne s* en trouve point dans t Écriture sainte bien entendue, Cett donc par ce principe qu'ils rejettent, par exemple, la présence réelle, comas une doctrine absurde , ^comme une doctrine qui heurte la raison , et qui ne se trouve point dans V Ecriture sainte bien entendue» Or , les autres mystères de la religion chrvtienne, ceux delà Trinité , de l'Incarnation , delà Râemption , etc., ne heurtent pas moins la raison en apparence que le mystère deJa présence réeUe , et ce dernier mystère n'est pas énoncé plus obscurément dans l'Écriture que les premiers. Le principe admis par les ministres de GenèTe Ta donc à proscrire tous les mystères. Aussi rien n'est-il moins satisfaisant que la définition qu'ils donnent de ce qu'ils entendent par mystères* Ce sont, disent-ils, des vérités d'un ordre surnaturel, que la seule raison humaine ne découvre pas , ou qu'elle ne saurait comprendre parCûtement, qui n^ont pourtant rien d'impossible eu elles-mêmes , et que Dieu nous a révélées, t®. 11 aurait faUu donner des exemples de ces Térilés d^un ordre surnaturel , saus quoi Texpression reste Tague et équivoque. On demande , par exemple , aux ministres de GenèTe , si la Trinité , la divinité de Jésus- Christ, etc. , sout pour eux au nombre de ces vérités d'un ordre surnaturel? a<>. Quand on appelle les mystères des vérités que la seule raison humaine ne découvre pas , ou qu'elle ne saurait comprendre parfaitement, le mot ou eût' iï disjonctif ou explicatif? veut-on dire qu'il y a des mystères que la raison ne découvre pas , et d'autres qu'elle découvre, mais qu'elle ne peut comprendre parfaitement , comme certaines vérités de géométrie ? on bien veut-on dire que la raison humaine ne découvre pas les mystères en ce sens qu'elle ne peut les comprendre parfaitement ? l'une et l'autre de ces explications est de beaucoup trop faible pour répondre à l'idée qu'on doit attacher au mot mystère» Les mystères de la religion sont des vérités que la raiaoa humaine ne saurait ni découvrir, ni comprendre, même imparfaitement f et qui sont absolument et entièrement au-dessus de sa portée. 3*. Les mystères sans doute n'ont rien d'impossible en eux-mêmes , mais ils paraistemi impossibles aux yeux de la raison ; et voilà ce qo'il éuit très-essentiel d'ajouter , snrtout quand on a commencé par dire que les mystères ne doivent point heurter la raison. Car rien ne heurte plus la raison que ce qui lui paraît impossible. Mais ce qui heurte la raison n'est pas pour cela eontraiie à U raison, disent les théologiens } et les mystères sont dûu ce cas. -

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lion soit certaine dans ses preuves, et précise de ce qu'elle enseigne , pour que nous admettions de telles vérités , conjointement avec celles de la religion naturelle; d'autant mieux qu'elles se lient fort bien entre elles, et que l'heureux assemblage qu'en fait l'Évangile forme un corps de religion admirable et complet.

Enfin , quoique le point capital de notre religion soit éC adorer un seul DiEVf l'on ne doit pas dire qu'elle se réduise presque à cela, chez presque tout ce qui n'est pas peuple. Les personnes Jet mieux instruites sont aussi celles qui savent le mieux quel est le prix de Talliance de grâce , et que la vie étemelle consiste à connaître le seul vrai Dieu, et celui qu'il a envoyé^ Jésus- Christ sonjîls, en qui a habité corporellement toute la plénitude de la Divinité ', et qui nous a été donné pour sauveur , pour médiateur et pour juge, afin que tous honorent le fils comme ils honorent le père. Par cette raison , le terme de respect pour HisvsrCwMS^etpourC Ecriture , nous paraissant de beaucoup trop faible ou trop équivoque, pour exprimer la nature et l'étendue de nos sentimens à cet égard , nous disons que c'est avec foi y avec une vénération religieuse, avec une entière soumission d'esprit et de cœur , qu'il faut écouter ce divin maître et le Saint-EIsprit parlant dans les Ecritures. C'est ainsi qu'au lieu de nous appuyer sur la sagesse humaine , si faible et si bornée , nous sonunes fondés sur Ia parole de Dieu, seule capable de nous rendre véritablement sages à salut , par la foi en Jésus- Christ: ce qui donne à notre religion un principe plus sûr, plus

' Il est trèt-f&cheuz que les ministres de Genève , pour prouTcr qu^ils eroient la divinité de Jésos-Cfarist, se contentent de rapporter un passage de rÉcritore , sans expliquer qnel sens précis ils donnent à ce passage. Arius et les antres hc'rëtiqnes qui niaient la divinité dn Verbe, admettaient aas»i les ezpressioDS de PEcriture relatives an Fils de Dieu , mais ils expliquaient ces expressions conformément 11 leur erreur. On sait même combien peu le langage des ariens différait en apparence de celui des catlioliques. Une seule lettre en iaisait la différence ; le fils , selon les ariens , était homoiousios au père , c'est-à-dire «Tuiie substance semblable , et selon les catholiques ii était homwiusioSf c'est-à-dire eoruubstantiel ou de la même substance, Poorm qn'on ne forçât pas les ariens à dire que Jésus-Christ était Dieu, égal en tout à son père , ils disaient d'ailleurs tont ce qn'on voulait pour se rapprocher des catholiques. Cependant il est clair qu'on ne croit pas réellement la divinité de Jésns-Christ et l'unité de Dieu, deux points essentiels da christianisme , si on ne croit pas que Jésn&^^rist est Dieu , consubstantiel et égal à son père , et ne faisant avec lui qu'un seul et même Dieu. Car si le Verbe n'est pas égal en tout à Dieu le père , le Verbe n'est pas Dieu ^ et le titre de Divinité qu'on lui donne ne serait en ce cas qu'un titre d'honncnr et non de réalité \ et si le Verbe n'est pas consuhstantiet SiU père, et qn'il loi soit égal, il y a plusieurs Dieux. On ne saurait donc trop inviter les ninbtres de Genève à s'expliquer &ur cet article important de la religion avec une grande clarté , et sans la plus l^re équivoque.

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relevé , et bien plus d'étendue, bien plus d'efficace; en un mot , un tout autre caractère que celui sous lequel on s'est plu à la dépeindre.

Tels sont les sentimens unanimes de cette compagnie , qu'elle se fera un devoir de manifester et de soutenir en toute occasion , comme il convient à de fidèles serviteurs de Jésus-Christ. Ce sont aussi les sentimens des ministres de cette Eglise qui n'ont pas encore cure d'âmes , lesquels étant informés du contenu de la présente déclaration , ont tous demandé d'y être compris. Nous ne craignons pas non plus d'assurer que c'est le sentiment général de notre Église; ce qui a bien paru par la sensibilité qu'ont témoignée les personnes de tout ordre de notre troupeau sur l'article du Dictionnaire qui cause ici nos plaintes.

Après ces explications et ces assurances , nous sommes bien dispensés , non-seulement d'entrer dans un plus grand détail sur les diverses imputations qui nous ont été faites, mais aussi de répondre à ce que l'on pourrait encore écrire dans le même but '. Ce ne serait qu'une contestation inutile , dont notre caractère nous éloigne infiniment. Il nous suffit d'avoir mis à couvert l'honneur de notre Église et de notre ministère , en montrant que le portrait qu'on a fait de notre religion est infidèle, et que notre attachement pour la saine doctrine évangélique n'est ni moins sincère que celui de nos pères, ni différent d^ celui des autres Églises réformées, avec qui nous faisons gloire d'être unis par les liens d'une même foi , et dont nous voyons avec beaucoup de peine qu'on veut nous distinguer.

J. Trembley, secrétaire.

' Cette d^aration a quelque chose de très-tingvlier, ii la suite d'une pro* fession de foi aussi insuffisante que celle-ci. Les ministres de GenèTe ne doi- Tent pas craindre de rendre aux autres Eglises un compte dcuiUë de leur foi. On leur demande donc avec confiance ,

I*. S'ils croient les peines de Tenfor étemelles , en ce sens qu'elles n*aoroot jamais de fin.

a^ Quels sont les mystères qu'ils admettent ?

3<>. S'ils croient que J^ns-Christ est Dieu , égal en tout k son père , et ne faisant avec lui qu'un seul et même Dieu.

Ils doivent se faire d'autant moins de peine de répondre à ces questlom , qu'elles leur sont faites par un théologien qui ne prend aucun intÂ'ét k I^ar^ tide Gûmève de l'Encydopédk , et qui désire d'ailleors trèt-sincèrettiat d'eue détrompé sur l'idée que cet article loi a donné d'eux » et que la profotsion de foi n'a pas détruite.

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