‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 21 sur 158 · SUPPLICE · texte numérisé non relu

SUPPLICE

DR VETITS, DE PFnHONE ET DE THRASEA,

I j. VrrtJS périt aussi très-courageusement avec Sextia s^ bellenikT9 et Pollutîa sa fille. Néron les haïssait parce que leur vie femblait loi reprocher la mort de Rubeilius Plautus , gendre de Valus. Ils furent dénoncés par Forlunatus , affranchi , qoi , après

«voir ruiné son maître , fournit les moyens de le perdre. Il se joignit Claudius Demianus, que Yetus, étant proconsul d'Asie, avait fait arrêter pour ses crimes , et que Néron relâcha pour prix de la délation. Vêtus apprenant qu'on le mettait aux prises avec un affranchi , se retire à sa terre de Formies ; des soldats l'y assiègent secrètement. Avec lui était sa fille, tourmentée par le danger présent et par le souvenir cruel de Plautus son époux ; elle croyait voir encore ses assassins et embrasser sa tête sanglante, conservait les habits teints de son sang, et, toujours dans le deuil et les larmes (i38) , ne prenait d'alimens que pour se conserver à son père (iSg). Il l'engage à se rendre à JMaples. Elle ne put pénétrer jusqu'à Néron , mais l'assiégeait dès qu'il sortait et lui criait, tantôt en gémissant , tantôt avec une force au-dessus de son sexe , d'écouter l'innocence et de ne pas sacri fier à un afifranchi son ancien collègue dans le consulat. Néron fut également sourd aux prières et aux reproches.

Elle déclare donc à son père qu'il faut renoncer à l'espérance et mourir. Yetus apprend en même temps que le sénat se dispose à le juger sévèrement. On lui conseillait de laisser à l'empereur une grande partie de ses biens , pour conserver le reste à ses petits-fils : il se refusa à cette bassesse pour ne point déshonorer, en mourant, une vie glorieuse et libre ; donna à ses esclaves ce qu'il 9vait d'argent , leur dit de partager entre eux tout ce qu'ils pourraient emporter , et de ne lui laisser que trois lits de mort. Alors tous trois , dans la même chambre et avec le même fer, se font ouvrir les veines , et , couverts d'une manière décente , sont portés ensemble dans le bain ; le père regardait sa fille, l'aïeule sa petite-fille, et celle-là l'un et l'autre, chacun priant les dieux de hâter son dernier soupir pour ne pas voir expirer ce qu'il aimait. L'ordre de la nature fut conservé ; les plus âgés s'éteignirent d'abord. Ib furent accusés après leur se* pulture et condaamés au supplice. Néron s'y opposa et leur laissa le cboix de leur mort. C'est ainsi qu'après le meurtre il insultait ses victimes.

Pétrone mérite qu'on dise un mot de lui. Il donnait le jour au sommeil , la nuit aux devoirs et aux plaisirs. Sa paresse lut avait fait un nom, comme l'adresse ou le mérite en fait un (140) aux autres. Ce n'était point un de ces dissipateurs qui se ruinent en viles débauches , mais un voluptueux raffiné. Une aisance naturelle et une sorte de négligence dans ses discours et dans ses actions lui donnait l'air et les grâces de la simplicité. Devenu cependant proconsul de Bithynie et ensuite consul, il se montra homme de tête et capable d'affaires ; revenu par goiit au vice ou à ce qui ressemblait au vice (i40 > i^ ^^^ admis dans la petite

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cour de Néron, et devint Farbitre de ses fêtes. Rien n'était galant, délicieux et magnifique sans l'approbation de Pétrone. Tige1> linus, jaloux d'un rival qui le surpassait dans la science des voluptés, eut recours, pour le perdre, k la cruauté de l'empereur, sa plus violente passion : il accusa Pétrone de liaison avec Scevinus, corrompit un esclave pour le dénoncer, et fit emprisonner les autres pour lui ôter les moyens de se défendre.

Néron partit alors pour la Campanie , et Pétrone l'ayant suivi jusqu'à Cumes y fut arrêté. Aussitôt , sans prolonger l'espérance ou la crainte , il se fit ouvrir les veines ; mais pour ne pas quitter brusquement la vie , il les fit refermer et rouvrir à plusieurs reprises, entretenant ses amis de bagatelles et ne cherchant pas même à braver la mort. On lui parlait , non de Timmortalité de l'âme et des maximes des philosophes , mais de chansons et de petits vers. Il récompensa quelques esclaves , en fit châtier d'autres , se promena , se laissa même aller au sonuneil , afin que sa mort , quoique forcée , eût l'air naturel. Il ne flatta pas , comme tant d'autres , dans son testament de mort , r^éron , ou Tigellinus , ou quelqu'un des courtisans ; mais ayant écrit, sous des noms empruntés, l'histoire des débauches du prince les plus recherchées et les plus infâmes , il l'envoya cachetée à Néron , et brisa son cachet de crainte qu'il ne servit à perdre quelqu'un.

L'empereur , après le massacre de tant d'hommes illustres , souhaita enfin de faire périr la vertu même dans la personne de Pœtus Thrasea et de Barea Soranus. Depuis long-temps il les haïssait , et surtout Thrasea , parce qu'il était sorti du sénat dans l'affaire d'Agrippine , comme je l'ai rapporté , et qu'il ne s'était point prêté aux spectacles de la cour; crime d'autant plus grand qu'il avait joué la tragédie dans les jeux du Geste , établis à Padoue sa patrie , par le troyen Antenor : de plus , le jour que le préteur Antistius allait être condamné à mort pour des satires contre Néron, Thrasea avait ouvert et fait passer un av^ plus doux ; et lorsqu'on décernait à Poppée les honneurs divins , il s'était absenté pour ne point paraître aux funérailles. Cossntianus insistait sur tous ces griefs ; scélérat de profession et de plus ennemi personnel de Thrasea , dont le crédit l'avait fait succomber dans une accusation de péculat intentée par les Ciliciens.

Il reprochait à Thrasea : « Qu'au commencement de l'année M il évitait de prêter serment ; qu'il ne se trouvait jamais, quoi- *» que du collège des Quindécemvirs , aux prières pour l'em- M pereur ; qu'il n'avait jamais fait de sacrifices pour la conser-* w vation du prince et de sa voix divine; que cet homme, autrefois M si infatigable et si assidu , qui prenait parti avec chaleur dans

» les moindres affaires , n*avait point paru au sénat depuis trois M ans ; qu'en dernier ]ieu chacun accourant à l'envi pour con-< » damner Silanus et Yetus , il avait préféré de vaquer aux M a£faires de ses cliens ; qu'un esprit si marqué de révolte n'at- >» tendait que des complices pour faire la guerre. Autrefois on » comparait César et Caton ; aujourd'hui , Néron , c'est vous et » Thrasea. Dans cette ville avide de troubles , il a des partisans , » ou plutôt des satellites , qui, n'osant encore imiter l'insolence » de ses discours , l'imitent au moins dans son extérieur , tristes >» et rigides comme lui , pour vous reprocher vos plaisirs. Lui » seul ne prend aucun intérêt à votre conservation et à vos ta- » lens ; insensible au bonheur du prince (14^)9 peut-être même >• n'est-ril pas rassasié de vos chagrins et de vos larmes? C'est par » le même principe qu'il nie la divinité de Popjtée, et refuse de »> jurer sur les actes de César et d'Auguste. Il méprise le culte N public (143) , se met au-dessus des lois (i44) •' les annales du » peuple Romain ne sont tant lues dans les provinces et dans » les armées, que pour apprendre ce que Thrasea n'a point fait. » Ou imitons-le , s'il le mérite, ou enlevons aux esprits remuans » leur chef et leur modèle. Cette secte a déjà produit des Tu- M hérons et des Favonius , noms odieux aux anciens Romains. n Pour renverser l'Empire, ils vantent la liberté ; s'ils réussissent, » ils attaqueront la liberté même. En vain Cassius est banni (i45), » si vous laissez vivre et se multiplier les imitateurs de Brutus. » Au reste, n'écrivez rien vous-même sur Thrasea ; laissez-nous » le sénat pour juge. » Néron anima par ses éloges la fureur de Cossntianus , et lui associa 'Marcellus Eprius , orateur violent.

Ostorius Sabinus , chevalier romain , avait déjà accusé Barea Soranus , revenu de son proconsulat d'Asie , oU il avait offensé l'empereur par sa justice et son mérite , ayant fait ouvrir le port d'Ephëse, et laissé impunis les habitans de Pergame, qui avaient empêché Acratus , afÂ'anchi de l'empereur , d'enlever leurs tableaux et leurs statues. On lui faisait surtout un crime de sa liaison avec Plautus , et d'avoir cherché, dans l'affection de la province , un appui à ses desseins.

Le temps oii Tiridate vint recevoir la couronne d'Arménie fut destiné par Néron à ces exécutions , soit pour couvrir , par lin spectacle étranger , l'assassinat de ces illustres citoyens, soit pour montrer sa grandeur par ce crime de prince.

Toute la ville étant donc sortie pour aller au devant de Fem^ pereur et voir le roi , Thrasea reçut ordre de rester ches lui s sans perdre courage il écrit à Néron, demande quel est son crime, et la permission de s'en justifier. Néron ouvrit la lettre avee empressement, se flattant que Thrasea, dans un moment de

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craieU, y aurait glissé quelques flatteries, et fait une tache à sa gloire ; mais n'y trouvant rien , et craignant la fierté et la liberté qu'inspirerait à Thrasea son innocence , il fit assembler le sénat. Alors Thrasea délibéra avec ses proches, s'il tenterait ou dédaignerait de se justifier : les avis furent partagés.

Ceux qui lui conseillaient d'aller au sénat , disaient : « Qu'ils » étaient sûrs de son courage ; que sa défense ajouterait à sa » gloire; que c'était aux hommes faibles et timides à cacher M leurs derniers momens ; que le peuple verrait (i46) un grand » homme s'oifrant à la mort ; que le sénat entendrait ses discours » plus qu'humains , et comme inspirés ; que ce prodige pourrait » ébranler Néron même ; et que si la cruauté l'emportait , la n postérité distinguerait au moins sft fin glorieuse, de celle de » tant de lâches qui périssaient en silence. »

Ceux qui lui conseillaient de rester chez lui convenaient de son courage , mais lui représentaient qu'il serait le jouet et la fable de l'assemblée : « Qu'il devait détourner ses oreilles des » clameurs et des injures; que Cossutianus et Eprius n'étaient » pas les seuls méchans ; qu'on oserait peut-être porter les mains n sur lui ; que la crainte entraînerait jusqu'aux gens de bien ; » qu'il épargnât tant d'infamie à un corps dont il avait été l'or- » nemeut , et laissât douter du parti que le sénat aurait pris en » voyant Thrasea vis-à-vis de ses délateurs; qu'en vain on » comptait sur les remords de Néron ; qu'il fallait craindre plutôt » que sa fureur ne s'étendit sur l'épouse de Thrasea, sur ses » enfans , sur ce qu'il avait de plus cher ; qu'ainsi , jusqu'alors » sans bassesse et sans tache , il imitât, par une mort glorieuse, u, ceux qui avaient été les modèles de sa vie. » Rusticus Arulenus, jeune homme impétueux , présent à ce discours, offrait, par un vain désir de gloire (i47)) de s'opposer, comme tribun du peuple, au décret du sénat. Thrasea réprima son zèle inutile pour l'ac* cusé , funeste pour le défenseur. 11 ajouta : « Qu'il avait vécu, et u ne devait point renoncer au plan qu'il s'était fait depuis tant » d'années; que Rusticus, nouveau magistrat, était encore à » temps de prendre un parti , et fit réflexion aux tristes cir- N constances oh il entrait dans le gouvernement (i48)- ^ Quant au sénat, il se chargea de décider s'il lui convenait de s'y rendre (i49)>

Le lendemain, deux cohortes prétoriennes, sous les armes, assiégèrent le temple de Venus. L'entrée du sénat fut entourée d'un gros de soldats, qui laissaient voir des épées sous leurs robes, on en dispersa d'autres dans les places et les lieux publics : les sénateurs entrèrent au milieu de ces visages menaçans.

Néron, dans un discours qu'il fit prononcer par son questeur.

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ce plaignit, sans nommer personne, que d'autres sénateurs aban-* donnassent les a£faires publiques, et donnassent aux chevaliers romains l'exemple de l'oisiveté ; qu'il n'était point étonnant qu'on ne vint plus des provinces éloignées , puisque la plupart des consulaires et des prêtres se livraient à la mollesse dans leurs jardins. Ce fut comme un trait que les accusateurs saisirent.

Cossutianus commença ; Marcellus s'écria plus violemment : H Que la république était à deux doigts de sa perte ; que l'inw solence des sujets avait lassé la clémence du maître ; que les, » sénateurs, jusqu'alors trop indulgens, se laissaient impunén ment braver par le rebelle Thraséa , par son gendre Helvidius, w complice de ses fureurs; par un Agrippinus, héritier delà V haine de son père pour les Césars ; par un Curtius Montanus, w auteur de chansons infâmes ; que Thrasea reparût au sénat M comme consulaire , aux prières comme prêtre , au serment » comme citoyen , si , par un mépris public des lois et des cew rémonies anciennes , il ne voulait pas se déclarer traître ; » qu'accoutumé à jouer le sénateur et à protéger les calomniaw teurs du prince , il vint dire ce qu'il trouvait à corriger ou à N reprendre ; moins odieux s'il blâmait en détail , que s'il con- » damnait tout par son silence. Est-ce la paix dont jopit toute » la terre qui lui déplaît ? Sont-ce tant de victoires sans aucune M perte? Sénateurs , cessez de favoriser l'orgueil d'un homme » que le bien public afHige , qui déserte les tribunaux, les théâ- M très , les temples , et menace de s'exiler d'une ville oii il ne M trouve plus ni sénat ,^ni magistrats, ni Rome. Qu'il se délivre M pour toujours de cette patrie , depuis long-temps éloignée de M son cœur, et aujourd'hui même de ses jeux. »

Ce discours, qu'il prononçait avec fureur, d'un air menaçant, les yeux égarés , le visage en feu , ne produisit point dans les sénateurs cette tristesse à laquelle l'oppression les avait accontnmés, mais une terreur nouvelle et plus profonde, augmentée par les soldats qu'ils voyaient en armes. En même temps ib se représentaient le visage vénérable de Thrasea ; leur compassion s'étendait sur Helvidius , qu'on punissait injustement de lui être allié ; sur Agrippinus , à qui l'on imputait les malheurs d'un père innocent , et victime de Tibère ; sur Montanus enfin, jeune homme vertueux et sage dans ses écrits , menacé de l'exil pour ses talens.

Cependant Ostorius Sabinus , délateur de Soranus, entra , et commença par l'accuser de liaison avec Rubellius Plautus , et d'avoir songé , dans son proconsulat d'Asie , à àe faire un nom aux dépens de l'État , en fomentant les séditions des peuples. A ces anciens griefe il ajoutait, que la fille de Soranus avait partagé

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les crimes de son përê en donnant de l'argent à des devins. Servilia ( c'était son nom)^ par tendresse filiale, et par l'imprudence de son âge , avait -en effet consulté les devins , mais seulement pour savoir si sa famille trouverait Néron inexorable , et le sénat résolu de la perdre. Elle fut donc appdée au. sénat; et l'on vit devant le tribunal des consuls , d'un côté le père avancé en âge , de l'autre la fille dans sa vingtième année , pleurant Annius Pollion , son mari, que l'exil venait de lui ravir , et n'osant même jeter les yeux sur son përe, dont elle semblait aggraver le péril.

L'accusateur lui ayant demandé si elle avait vendu son collier et ses présens de noces pour payer des sacrifices magiques, elle se jeta par terre , et versa long-temps des larmes sans répondre ; puis embrassant les autels (i5o) : «(Je n'ai invoqué, dit- elle 9 n aucune divinité funeste ; le seul motif de mes prières mal- » heureuses était que vous, César, et vous sénateurs, vous me n rendissiez ce père si chéri. J'ai donné mes habits, mes pieru reries , me^ bijoux , comme s'il m'eût &llu racheter mon sang » et ma vie (i5i). Ces hommes, jusqu'alors inconnus pour moi , » savent quel nom ils invoquent (i52), quelle profession ils exer- » cent ; j'ai toujours parlé du prince avec le respect qu'on doit 1» aux dieux ; mais si je suis coupable , je le suis seule , et ce père » infortuné l'ignore. »»

Soranus l'interrompt , et s'écrie : « Qu'elle n'a point été avec M lui en Asie , qu'elle est trop jeune pour avoir connu Plautus , » n'a point été accusée avec son mari ,' n'est coupable que d'un » excès de tendresse ; qu'on ne la confonde point avec lui , quel- » que sort qu'il doive attendre. » Alors le père et la fîlle coururent dans les bras l'un de l'autre ; les licteurs, se jetant entre deux , les arrêtèrent. Les témoins parurent ensuite , et hi com* passion qu'avait excitée la méchanceté des accusateurs , ûi place à l'indignation contre P. Egnatius. Ce client de Soranus, qui vendait la vie de son bienfaiteur , se parait de l'air imposant d'un stoïcien. Afiectant, dans son extérieur, l'air de la vertu , il cachait au fond de son cœur la perfidie, la fourberie, l'avarice et la débauche. L'argent décela tous ces vices , et apprit à se défier non-seulement des fourbes décriés et déshonorés, mais des fausses vertus et des amis perfides.

Néanmoins ce jour même offrit un bel exemple dans Cassius Asclepiodotus , l'homme le plus riche de la Bithynie. Il avait aimé et cultivé Soranus dans la prospérité , il ne l'abandonna pas dans le malheur ; aussi fut-il dépouillé de ses biens et banni s tant la justice des dieux discerne la vertu (i53) d'avec le crime! Thrasea , Soranus et Servilia eurent le choix de leur mort.

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Hehidius et Paconius furent bannis d'Italie. Montanus fut rendti à son père , mais déclaré incapable des charges ; Ëprius et Cos^ sutianus eurent chacun cinq mille grands sesterces ' , et Ostorius douze cents * avec les ornemens de la questure.

On envoya sur le soir un questeur du consul à Thrasea retiré dans ses jardins. Il y avait rassemblé plusieurs personnes distinguées des deux sexes , et s'entretenait 2hrec Demetrius , philo*sophe cynique : on jugeait, à leur attention et à quelques mots qu'ils laissaient entendre , qu'ils parlaient de la nature de l'âme et de sa séparation d*!avec le corps. Enfin Domitius Cœcilianus , un de ses intimes amis, vint lui annoncer le décret du sénat. Les assistans s'abandonnèrent aux plaintes et aux larmes ; Thrasea les pria de se retirer , et de ne point ajouter à sa mort (i54) le spectacle de leur péril; Arria, son épouse, voulait, à l'exemple de sa mère , périr avec son mari ; il la supplia de vivre , et de ne pas priver leur fille du seul appui qui lui restait.

Ensuite il s'avança vers son portique, y trouva le questeur , et témoigna quelque joie d'apprendre que son gendre Helvidius n'était qu'exilé dllalie ; ayant reçu le décret , il entra dans sa chambre avec Helvidius et Demetrius , et se fit ouvrir les veines des deux bras : alors priant le questeur d'approcher ,' et répandant à terre une partie de son sang : « Faisons , dit-il , une li- » bation à Jupiter Libérateur. Regarde , jeune homme , et » que les dieux détournent de toi ce présage ; mais tu es né M dans un temps oii le courage même a besoin de grands » exemples. . • . • »

[ Ici fioisieot les Annales de Tacite; le reste est perdu. ]

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