SCÈNE PREMIÈRE
( Caton seul est assis près d^une lablc, dans FaUitude d*nn homme qui médite profondément; il tient le livre de Platon, de V Immortalité de VAme. Auprès de loi , sur la table , est une e'pëe une.)
\lONOLOGUE DE CATON.
Tu as raison , Platon.... cela doit être comme tu le dis En
effet, d'oii pourrait venir en nous cette espérance flatteuse, ce désir ardent, cet élancement de notre âme vers l'immortalité? D'oii pourrait venir cette horreur secrète , cette frayeur que nous ressentons de tomber dans le néant? Pourquoi notre âme , en envisageant sa destruction , se retire-t-elle avec frémissement au dedans d'elle-même? C'est la divinité qui agit au dedans de nous ; c'est le ciel lui-même qui nous montre de loin l'avenir, et qui annonce l'éternité à l'homme. Eternité! douce et terrible pensée ! par combien de changemens inconnus et d'états nouveaux doit passer notre fragile existence? Je vois devant mes yeux une immense perspective dont le fonds n'est que nuages et que ténèbres. Arrêtons-nous à cette réflexion consolante ; s'il va au-dessus de nous quelque puissance suprême ( et toute la nature, pleine de ses ouvrages , nous crie qu'il y en a une ) , elle doit aimer la vertu , et rendre heureux ce qu'elle aime. Mais quand ! mais oii ! tout ce monde a été fait pour César. Je me perds dans mes conjectures : voici de quoi les terminer.
(Il prend Tépce, en tenant toujours le lirre.)
Me voici doublement armé ; je tiens la vie d'une main et la mort de l'autre ; je vois en même temps le poison et le remède. L'un , dans un moment ^ va terminer mes jours ; Taotre m'apprend que je ne dois jamais mourir. Mon âme , sâre de son existence , défie la pointe de ce fer, et brave les coups qu'il bdc va 4- i5
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porter. Oui , les étoiles disparaîtront , le soleil lui-même s'obscurcira dans les âges à venir, et la nature s'affaissera à la fin des siècles. Pour toi , tu jouiras d'une jeunesse immortelle et florissante , tranquille et inaltérable au milieu du choc des élémens , du naufrage de la matière et de l'écroulement des mondes. Mais quelle pesanteur m'accable ! quelle léthargie se glisse dans tous mes sens ! La nature épuisée, et succombant à la fatigue, me demande encore un moment de repos. Accordons-lui pour la dernière fois cette faveur; mon âme, à son réveil, renouvelée dans toute sa force, prendra un plus noble essor, et, jouissant d'une vie nouvelle, ira se présenter aux dieux comme une offrande digne de leur grandeur. Que la frayeur ou le crime troublent le reste des hommes , Caton ne connaît ni l'un ni l'autre; le choix du sommeil ou de la mort lui est indifférent.