‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 85 sur 158 · DOCTE, SAVANT · texte numérisé non relu

DOCTE, SAVANT

Docte se dit lorsqu'il est question des matières d'érudition, et se dit des personnes plutôt que des ouvrages. Savant s'applique également aux matières d'érudition , et aux matières de science proprement dite , et se dit également des personnes et des ouvrages. Ainsi on dit un docte antiquaire , un savant géomètre , une savante dissertation sur quelque point de physique , de littérature , etc. Savant s'étend encore à d'autres o^ets, auxqueb le mot docte ne peut s'appliquer : ainsi on dit d'un grand prince, qu'il est savant et non qu'il est docte en l'art de régner.

DOX, PRÉSENT.

Ces deux mots signifient ce qu'on donne à quelqu'un sans y être obligé. Le présent est moins considérable que le don , et se fait à des personnes moins considérables , excepté dans un cas dont nous parlerons tout à l'heure.

Ainsi on dira d'un prince , qu'il a fait don de ses États à on antre, et non qu'il lui en a fait présent. Par la même raison, nn prince fait à ses sujets des présens ; et les sujets font quelquefois des dons au prince, comme les dons gratuits du cleigé et des États. Les princes se font ieê présens les uns anx aaliea par laors ambassadeurs. Deux personnes se font par contrat «a sbm mutuel de leurs biens.

SYNONYMES. a6i

On dîraaa figuré^ le don des langues et \edon des larmes^ etc. ; et, en général , tout ce qui vient de Dieu s'appelle don de Dieu i c'est une exception à la règle générale.

On dit des talens de l'esprit et du corps , qu'ils sont un don de la nature; et des biens de la terre , qu'ils en sont des pré^ sens. On dit , les dons de Cérës et de Pomone , et \e% présens de Flore ; parce que les premiers sont de nécessité plus absolue , et les autres de pur agrément.

DOULEUR 9 CHAGRh'V , TRISTESSE , AFFUCTIOX , DÉSOLATIO:!.

Ces mots désignent en général la situation d'une âme qui touffre. Douleur se dît également des sensations désagréables d a corps f et des peines de l'esprit ou du cœur : les quatre autres ne se disent que de ces dernières. De plus, tristesse diffère de chagrin y en ce que le chagrin peut être intérieur, et que la tristesse se laisse voir au dehors. La tristesse d'ailleurs peut être dans le caractère ou dans la disposition habituelle, sans au* cun objet ; et le chagrin a toujours un sujet particulier.

L'idée à* affliction ajoute à celle de tristesse; celle de douleur, à celle ^L^ affliction ; et celle de désolation^ à celle de douleur.

Chagrin , tristesse et affliction ne se disent guère en parlant de la douleur d'un peuple entier, surtout le premier de ces mots. Affliction et désolation ne se disent guère en poésie , quoique affligé et désolé s'y disent très-bien. Chagrin^ en poésie , surtout lorsqu'il est au pluriel , signifie plutôt inquiétude et souci , que tristesse apparente ou cachée.

Je ne puis m'empêcher, à cette occasion, de rapporter ici un beau passage du quatrième livre des Tusculanes^ dont l'objet est à peu près le même que celui de cet article.

AEgritudo (ditCicéron , chapitre 7 ) est opinio recens mali prœsentis , in quo demitti contrahique animo rectum esse videa^ tur. . . . AEgritudini subjiciuntur. . . • afigor ,^ mœror^ luctus , terumna , dolor , lamentatio , sollicitudo , molestia , ajffb'ctatio^ desperatio , et siqua sunt sub génère eodem. . . Angor est agri-^ tudo premens ; luctus, œgritudo ex ejus qui carusfuerit infcritu acerbor ; mœror, œgritudo flebiUs ; aerumna , œgritudo labo^ riosa ; dolor, œgritudo crucians ; lamentatio , œgritudo cwn ejulatu ; sollicitudo, œgritudo cum cogitatione ; molestia , œgri» tudo permanens ; afHictatio , œgritudo cum vrxatione corporis / desperatio, œgritudo sine ulLi rerunt expectatione meliorum. Nous invitons le lecteur à lire tout cet endroit, ce qui le suit , et ce qui le précède; il y verra avec quel soin et quelle précisio» les anciens ont su définir, qnand ils en ont voala prendre la peine. Il seconvaincradeplosque, si les anciens avaient pris soîa

de définir ainsi tous les mots , nous verrious entre ces mots une infinité de nuances qui nous échappent dans une langue morte, et qui doivent nous faire sentir combien le premier des humanistes modernes, morts ou vivans , est éloigné de savoir le latin.

Page 1