‹ ŒuvresChapitre 19 sur 56 · ABBÉ DE BEAULIEU · texte numérisé non relu

ABBÉ DE BEAULIEU

C'est à ses prédications qu'il doit la réputation dont il a joui de son vivant. Elle fut assez grande pour faire désirer de Kentendre à la cour ; il y fut goûté de Louis XIY , qui répandit ses bienfaits sur l'orateur. On a de lui deux volumes de sermons, qui ont été imprimés après sa mort ; on lui a même fait un honneur que peu de prédicateurs ont obtenu, et dont la plupart en effet seraient bien peu susceptibles : on a recueilli dans un volume à part les pensées de l'abbe' Boileau , comme on a recueilli celles de Massillon et de Bourdaioue; et si ce recueil est aujourd'hui peu connu, c'est du moins une espèce d'hommage que nos pères ont rendu aux succès de l'orateur. Aussi trouvet-on dans les sermons de l'abbé Boileau , sinon de l'éloquence , au moins de Y esprit ; car Bourdaioue disait de lui , qu'iï en avait deux fois plus qu'il ne fallait pour bien prêcher : mais si l 'esprit , dans un écrivain , ne supplée jamais au talent, il peut au moins en faire supporter la privation ; et on ne fera pas de notre académicien l'insipide éloge qu'un auteur de nos jours faisait luimême de ses ouvrages : Il n'jr a point d'esprit là-dedans , disaitil , avec toute l'assurance d'un homme qui n'avait là-dessus aucun reproche à essuyer ni à craindre (i).

Quoique l'abbé Boileau , comme nous venons de le dire , eût obtenu le suffrage du prince, qui devait lui assurer celui des courtisans, néanmoins, si nous en croyons une anecdote qui n'est peut-être pas plus vraie que beaucoup d'autres, il ne fut pas toujours heureux dans ses stations à Versailles. On prétend que la Judith de Boyer, qui avait été applaudie au théâtre pendant le carême de i6g5, ayant été sifflée après Pâques, un comédien qui en témoignait sa surprise aux spectateurs, reçut du parterre celte réponse : C'est que pendant le carême les sifflets étaient à la cour aux sermons de Vabbè Boileau. Ce trait , qui n'a pas besoin d'être juste pour être plaisant , est attribué à Racine, par quelques compilateurs d'anecdotes. Nous sommes obligés d'avouer qu'il n'en était pas incapable , tout converti qu'il

' Ne h BeatiTaia en ; reçu a la place de Philip] c Goibaod-DuboU , le

19 août iCo4; mort au moi» de mai 1704.

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