DE BOILEAU
était alors; les épigrammes contre celte même Judith de Boycr cl contre YAspar de Fontenelle, faites dans le temps de sa plus haute dévotion, prouvent que s'il avait renoncé au théâtre, il n'avait pas renoncé à la satire. Racine le fils , dans les mémoires qu'il nous a donnés sur la vie de son illustre père, mémoires où la piété filiale s'exprime avec la simplicité la plus naïve, avoue que son père est en effet l'auteur du trait que nous venons de rapporter ; et il ajoute : Mon père estimait infiniment Vabbé Boileau; il ne fit celte réponse que pour faire remarquer le goût passager et bizarre , qui fait qu'un bon prédicateur n'est pas goûté, tandis qu'un mauvais poète est applaudi. Mais , quoi qu'en dise Racine le fils , on ne s'exprime pas de la sorte pour plaindre le sort injuste de ceux qu'on estime, encore moins de ceux qu'on aime ; et le prédicateur pouvait répondre à cet ami qui l'estimait tant, par la chanson de Molière :
Si vooi traites ainsi , belle Iris , qui voua aime , Hela»! que pourricz-vons faire à vos ennemis?
Quoi qu'il en soit, si l'abbé Boileau ne fut pas un orateur du premier ordre, il fut au moins un citoyen vertueux et de la plus sage conduite, un prêtre bienfaisant , deux mots qui ne sont par malheur pas toujours synonymes, plein d'attachement et de zèle pour ses amis, et empressé même d'obliger les inconnus qui avaient besoin de ses secours.
Il n'était point parent du poète célèbre dont il portait le nom, et il ne faut pas le confondre avec l'abbé Jacques Boileau, docteur de Sorbonne, frère de Despréaux, et dont nous parlerons plus en détail dans une des notes sur l'article de ce grand poète. Quelques personnes ont confondu le prédicateur et le docteur , et n'ont vu dans k'uà et dans l'autre qu'un seul et même académicien. Ou prétend que Jacques Boileau avait eu quelque désir d'obtenir ce titre, dont son esprit et son érudition peu commune le rendaient assez digne. Mais les traits un peu cyniques que se permettait trop souvent ce frère de Despréaux , suffisent pour ne le pas confondre avec le soi-disant ami de Racine , et pour justifier, s'il en est besoin, l'Académie d'avoir préféré au docteur savant et caustique, le prédicateur zélé et l'ecclésiastique édifiant (a).
j.88 KOTES SUR L'ÉLOGE
NOTES
(i) Ceux qui ne voudront pas prendre la peine de lire les sermous de l'abbé Boilcau, devenus assez rares aujourd'hui par leur médiocrité même , pourrout au moins trouver dans ses Penséts la preuve de l'esprit qu'on n'a jamais refusé à cet orateur. Plusieurs de ces pensées méritent d'être retenues, celle, par exemple, qu'on lit à la tète du premier chapitre. La preuve la plus rêe: le d'un vrai mérite, c'est de se connaître ; cJcst par là que la philosophie finit ; ce*t par là *jue la foi commence ^ c'est la leçon que le sage fait à t homme, et la prière que le chrétien fait à Dieu. Mous pourrions en citer beaucoup d'autres; mais il nous paraît plus utile de remarquer que le défaut général de ces pensées est l'usage trop multiplié de l'antithèse, et la symétrie trop fréquente et trop a ficelée des expressions ; l'abbé Boilcau, dans cet ouvrage, est une espèce de Séuèquc français, mais avec une philosophie moins profonde et moins intéressante que celle du Sénèque romain; il a les défauts de Fléchier, mais il n'a ni Ja pureté, ni l'élégance, ni l'hannonie de sou style. Aussi on lit encore Fléchier, et on ne lit plus* l'abbé Boilcau.
(a) Après la mort de notre académicien, la compagnie élut, pour lui succéder, M. de Tréville, fort attaché à Port-Koyal, et dont le principal mérite était une grande facilité de s'exprimer , une sorte d'éloquence qui en imposait dans la conversation , en un mol le talent , si séduisant pour la multitude, et presque toujours si fastidieux pour les gens de goût, de parler comme un livre. C'était de lui que le célèbre Nicole disait : Il me bat toujours dans la chambre, mais il n'e*t pas plus tôt au bas de l'escalier que je t'ai terrassé, si je vaux mieux que lui , c'est en son absence. Louis XIV, à qui Port-lloyal avait le malheur de déplaire, et qui ne le prouva que trop quelques aunées apiès par la destruction de cette maison infortunée, refusa d'approuver l'élection de M. de Tréville, comme atteint ou suspect «le jansénisme, quoique les jansénistes et les querelles dont ils s'occupaient n'intéressassent guère l'Académie Française, qui se garde bien de preudre part aux controverses théologiques , et qui n'a point de violence à se faire pour s'abstenir de toucher à ce qu'elle n'entend pas. Le monarque aurait pu donner une meilleure raison de son refus : c'est que M. de Tréville n'était ni un homme de lettres assez distingué pour entrer dans l'Académie à ce titre, ni un personnage assez considérable pour y être reçu sans autre passe-port que la réputation dont il jouissait dans son parti. Le protecteur de l'Académie lui donna donc , dans cette circonstance, sinon par raison , du moins avec raison , une leçon très utile; et la compagnie dut se consoler aisément de voir sa liste privée d'un nom que le public n'ira jamais y chercher. On assure pourtant que ce janséniste Tréville savait parfaitement le grec : Il n'y a en France, disait le savant Ménage, que M. Cotelter, M. Bigot et M. de Tréville, qui sachent lire les Pères grecs clans leur langue. Nous