ELOGE DE J. TESTU DE MAUROY
L'Académie, qui possédait deux abbés Testu , les perdit en 1706, à deux mois l'un de l'autre; nous ignorons s'ils étaient parens , ou plutôt nous présumons qu'ils ne Tétaient pas ; car la raison seule de parenté avait privé la compagnie de posséder à la fois Jes deux Corneille % et il n'y a pas d'apparence qu'elle eût traité les deux Testu plus favorablement.
L'abbé Testu de Mauroy avait été instituteur des princesses filles de Monsieur, frère de Louis XIV. Il s'acquitta sans doute de cet emploi d'une manière très-agréable aux princesses et à leur père , car une place d'académicien étant venu à vaquer, et, ce qu'il ne faut pas oublier de dire, une place que Fontenelle sollicitait , Monsieur la demanda et l'obtint pour l'abbé de Mauroy. Le prince, dit l'abbé Trublet, dans ses mémoires sur Fontenelle , ne crut pas pouvoir refuser à un homme de sa maison , une démarche qui lui paraissait sans conséquence ; il envoya donc un de ses gentilshommes à V Académie pour lui recommander T abbé de Mauroy , et la compagnie répondit quelle aurait tous les égards quelle devait aux désirs de son altesse royale.
* Abbé de Fontaine-Jean et de Saînt-Cbéron , né en i6a6; reçu a la place de Jean-Jacquet de Mcsmes, président à mortier, le 8 mars 1688; mort le 10 avril 1706.
' Thomas Corneille ne fut e'Iu qu'après la mort du grand Corneille son frère.
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7> gentilhomme ayant rendu compte à Monsieur de la r/ponsc de r Académie , son altesse royale , surprise d'une déférence au elle n'exigeait et mcme qu'elle n'attendait pas , dit naïvement * Est-ce qu'ils le recevront ? On tient cette anecdote de M. de FonteneUe même , et ses amis la lui ont entendu raconter plus d'une fois (i).
L'indifférence, peu flatteuse pour l'abbé de Mauroy, que le prince témoigna sur cette recommandation à laquelle l'Académie avait donné tant de poids , est pour la compagnie une leçon dont elle se doit souvenir lorsqu'elle se trouvera dans des circonstances semblables. Les gens de lettres qui la composent, sont, pour la plupart, saisis d'une crainte religieuse au seul nom d'un homme puissant ou qui croit l'être ; crainte que rend excusable leur peu de commerce avec la cour, et le bonheur dont peut-être ils ne sentent pas assez le prix, de ne point connaître la nation qui habite , comme dit Montaigne , ce séjour si ondoyant et si divers. Imbus d'une espèce de superstition pour ces fantômes de pouvoir et de grandeur qu'ils redoutent , comme un enfant a peur des ténèbres , ils sont persuadés que les portes de l'Académie doivent, ainsi que les murs de Jéricho, tomber à la voix d'un courtisan accrédité ou même avili , qui sollicite , soit pour lui , soit pour quelque autre , une place d'académicien ; ils ignorent ce que doit leur apprendre le fait qu'on vient de raconter; que ces sollicitations, surtout lorsqu'elles ont pour objet un protégé méprisable , ou un complaisant plus vil encore, sont beaucoup moins redoutables qu'elles ne le paraissent ; qu'elles sont d'ordinaire accordées par le Mécène, comme elles le furent dans la circonstance dont il s'agit , ou à l'importunité du protégé , ou à celle des sous-protecteurs dont l'indifférent Mécène se voit assailli ; que le protecteur apparent , bien loin d'être blessé du peu d'égards que la compagnie marquerait pour ces sollicitations mendiées et précaires , lui saurait gré d'avoir su démêler ses vraies intentions , et trouverait dans cette fermeté éclairée, des motifs d'estime pour elle et pour les lettres (2).
Pour en revenir à l'abbé de Mauroy , qui a donné lieu à ces réflexions utiles , les académiciens qui furent chargés , ou de sa réception dans la compagnie , ou de son éloge funèbre quand il eut fait place à un sujet plus digne , ne dissimulèrent pas que la protection de Monsieur avait été son seul titre pour être admis parmi nous. Cest ce qu'on voit dans la réponse de Barbier Daucourt au discours de l'abbé de Mauroy, dans celui de l'abbé de Louvois qui lui succéda , et surtout dans la réponse de l'abbé Tallemant à l'abbé de Louvois. Le prince, dit Barbier Daucourt à l'abbé de Mauroy, qui vous accorde r honneur de sa