DE MAUROY
protection et de son estime , et qui a bien voulu en faire assurer L'Académie lorsqu'elle était assemblée , a fait pour vous une démarche qui n'avait encore été faite pour personne,,,. Il a rendu de vous un témoignage si avantageux , que l'Académie , s'en croyant comme inspirée , voulait jr répondre d'une manière extraordinaire, en vous nommant par acclamation et sans s'assujétir à la lenteur du scrutin; ce quiy sans doute, aurait été fait , si quelqu'un n'avait représenté qu'on ne devait pas avoir moins d'égard k votre modestie qu'à un si grand témoignage de votre mérite.
L'abbé de Louvois , successeur de l'abbé de Mauroy , ne fut pas à son égard plus prodigue d'éloges. Je'viens , dit-il , remplacer parmi vous , messieurs , un homme qui vous était cher , et par son mérite , et par la main qui vous l'avait présenté. Vous l'aviez reçu d'un prince à qui les cœurs des Français ne pouvaient rien refuser. . . . Les qualités de son cœur, et son assiduité à profiter de vos doctes conférences , vous le feront souvent regretter.
L'abbé Tallemant, dans sa réponse à M. de Louvois, apprécia le mérite dont le nouvel académicien , et avant lui Barbier Daucourt, avaient loué l'abbé de Mauroy. Vous venez, dit -il, occuper la place d'un homme qui était cher à cette compagnie par l'attachement sincère qu'il a toujours eu pour elle. Ce ne sont pas les seules lumières de l'esprit que nous estimons dans les personnes dont nous faisons choix, nous y cherchons encore les qualités propres à la société ; et nous ne sommes pas moins touchés de la bonté du cœur, que des plus rares talens dans Véloquence et dans la poésie.
Despréaux, moins indulgent que l'Académie, avait fait à l'abbé de Mauroy l'honneur de le placer dans les premières éditions de ses satires. Il avait dit dans la satire VU :
Faut-il d'un froid rimeur dépeindre la manie? M<r* veri comme on torrent coulent snr le papier \ Je rencontre à la fois Pcrrin et Pelletier, Bardou , Mauroy , Boursault , Colletet , Titre?ille (3).
Ce même Despréaux devint dans la suite ami , autant qu'il pouvait l'être , de Boursault et de Mauroy , et , selon son usage , effaça leurs noms pour en mettre à leur place deux autres; ce furent ceux de Pradon et de Bonnecorse.
Les vers qu'on vient de lire n'étaient pas Tunique trait que Despréaux eût lancé contre notre académicien ; le vers si connu de Virgile
Qui Bnvittm non odit, omet tua camiina , Mtt\ i ,
avait ete traduit de la manière suivante par le satirique , qui choisit le malheureux abbé de Mauroy pour ressusciter en lut Bavius :
Qui ne hait point tes vers , ridicule Mauroy , Pourrait bien pour sa peine aimer ceux de Fonrcroy.
Mais il n'a jamais fait imprimer ces deux vers. La faveur dont le duc d'Orléans honorait l'abbé de Mauroy , épargna sans doute au protégé ce nouveau sarcasme public de la part du caustique et adroit courtisan , qui voulait bien se brouiller avec les mauvais poètes, mais non pas avec les princes. On assure même que Despréaux et son ami Racine trempèrent dans l'élection de l'abbé de Mauroy, par le seul motif d'écarter Fontenelle son concurrent ; car on n'ignoré pas l'opposition constante qu'ils mirent l'un et l'autre à l'élection de cet illustre philosophe , qui depuis fit tant d'honneur à la compagnie dont l'entrée lui avait été fermée si long-temps. C'est un détail que nous renvoyons aux notes (4), pour ne pas donner à cet article plus d'étendue que la mémoire de l'abbé de Mauroy n'est en droit d'en exiger.
NOTES
(i) Les réflexions que nous venons de faire sur V incurie réelle des protecteurs apparent, rendront à l'avenir inexcusables les académiciens qui se croiront gênés dans leurs suffrages par leur déférence pour ces froids solliciteurs. Chaque membre de la compagnie, jouissant d'une liberté de su flrage que la forme des élections lui assure, n'a rien de mieux à faire pour l'honneur du corps et pour le sien , que de se conformer avec rigueur au sage règlement qui nous a été donné par le roi même, et qui nous ordonne de n'avoir nul égard aux brigues et aux sollicitation*, de tjuelque nature quelles soient, pour conserver notre suffrage au sujet que nous en croirons le plus digne ; règlement qui est la grande charte de notre liberté, et dont on fait religieusement la lecture avant chaque élection ; mais qui, malheureusement violé plus d'une fois, fit dire un jour à l'académicien Duclos, fort opposé à l'élection d'un candidat protégé par une princesse trèsrespectable : Oui, messieurs, point d'égards aux sollicitations, pas même à celles de la reine.
(a) Le sage Fontenelle, très-réservé dans ses écrits et dans ses discours, mais très-décidé dans ses opinions et dans sa conduite, s'étant vu écarter de l'Académie par les protecteurs de l'abbé de Mauroy, sut bien moutrer, lorsqu'il y eut enfin été reçu, la respectueuse fermeté qui résiste aux sollicitations les plus puissantes. L'abbé Trublct nous en fournit la preuve dans les mémoires que nous avons cités. Il y raconte une afitre anecdote académique , dont il tenait cn-
DE MAtROY. 2y3
«ore les détails de Fontenelle. Cette anecdote regarde feu M. Remond, qu'on appelait Kemond le Grec, à cause de l'étude qull avait faite de cette langue, et des hommages qu'il lui rendait aux dépens de toutes les autres langues anciennes et modernes. Cet homme de lettres était frère d'un autre Remond , connu sous le nom de Rcmond de Saint-Marc , dont nous parlerons dans une des notes sur l'éloge de Despréaux. «M. Remond le Grec, c'est Fontenelle qui parle ici j> dans les mémoires de l'abbé Trublet, voulut être de l'Académie » Française en 171a. A la vérité, il n'était connu alors par aucun » ouvrage public ; mais indépendamment de son grec , il avait beau- » coup d'esprit. M. Danchet se présentait en même temps avec de » bons titres et peu de fortune, et par conséquent avec plus de droit » et de besoin d'une place à l'Académie... Il est vrai que AT. Remond » avait aussi près de moi une recommandation bien puissante, toute - » puissaute même, si elle avait voulu l'être j c'était celle de M. le duc » d'Orléans , depuis régent du royaume. M. Remond était son introx» ducteur des ambassadeurs, et je logeais alors au Palais-Royal. Son 3» altesse royale me parla donc de M. Remond , contre lequel , par pa- » rentbèse, et vous allez voir quelle n'est point inutile, on avait fait m depuis peu une chanson assez plaisante. Le prince me demanda si » j'avais quelque engagement : je lui répondis que je n'en avais jamais * pris avec personue, mais quelquefois avec moi-même. Son altesse » royale insistant un peu plus, je lui représentai que je ne connaissais »> à son recommandé aucun titre public, aucun ouvrage imprimé » qui pût justifier le choix de l'Académie. Ni moi non plus, reprit-il; »> encore s'il avait fait sa chanson / Le prince n'insista plus , et ne » m'ordonna rien. Cependant M. Remond ayant des amis au Palaisj> Royal , l'un d'eux dit à M. le duc d'Orléans , qu'il devait trouver » fort mauvais qu'un homme qu'il logeait lui refusât sa voix. Bon, » répondit le prince, un homme que je loge dans un galetas/ Je fus » donc pour M. Danchet , et il l'emporta. »
Fontenelle conservait peut-être quelque souvenir de la préférence qu'on avait donnée sur lui a l'abbé de Mauroy , lorsqu'il se trouva chargé, en 1738, c'est-à-dire, au bout de quarante années, de recevoir un autre académicien ( M. de Mirabaud ) , instituteur , ainsi que l'abbé de Mauroy, de deux princesses de la maison d'Orléans. Le nouveau candidat avait été, comme l'ancien, présenté et porté par cette respectable maison ; mais on doit à sa mémoire la justice de dire qu'il ne regarda pas cette protection , toute-puissante qu'elle était , comme un brevet de mérite dont il dût se contenter, et que par de bons ouvrages et beaucoup de savoir, il s'était acquis des droits réels à la lace que le duc d'Orléans avait demandée pour lui. Après avoir onné de justes éloges aux travaux et aux talens du récipendiaire, Fontenelle ajoute :
« Voilà vos titres, monsieur, et nous ne comptons pas la prolec- » tion que vous avez d'un prince, la seconde tête de l'Etat. Ces grandes » protections sont une parure pour le mérite,, mais elles u'en sont » pas un : et quand on veut les employer daus toute leur force , quand » on ne veut pas qu'elles trouvent de résistance, osons le dire, elles
» déshonorent le mérite lui-même. Tous les suffrages auront été una- » nimes; mais quelle triste unanimité! On aura été d'accord, non » à préférer celui qu'on nomme , mais à redouter son prolecteur. » Pour vous, monsieur, vous avez le bonheur d'appartenir à un » prince dont la modération , dont l'amour pour l'ordre et pour la » règle, qualités si rares et si héroïques dans ceux de son rang , vous » ont sauvé l'inconvénient detre protégé avec trop de hauteur, et * appuyé d'un excès d'autorité qui fait tort. Nous avons senti qu'il » ne permettait pas h son grand nom d'avoir tout son poids naturel ; » et le moyen d'en douter après qu'il avait déclaré expressément qu'il » aimait mieux que sa recommandation fût sans effet, que de gêner » la liberté de l'Académie? 11 savait, j'en conviens, qu'il pouvait se » lier à vos talens et à la connaissance que nous en avions; mais un » autre en eût été d'autant plus impérieux, qu'il eût été armé de la » raison et de la justice. Nous avons droit d'espérer, ou plutôt nous » devons absolument croire qu'un exemple parti de si haut sera désor- » mais une loi; et votre élection aura cette heureuse circonstance, » d'affermir une liberté qui nous est si nécessaire et si précieuse. »
On peut voir dans Y Histoire de Y Académie , par l'abbé d'Olivet, plusieurs faits qui prouvent , a l'honneur de Louis XIV, combien ce prince était attentif à conserver la liberté des élections, et mécontent de tout ce qui pouvait y porter atteinte. Les sentimens du monarque à ce sujet sont exprimés d'une manière bien flatteuse pour la compagnie, dans une lettre qui fut écrite par le président Rose, secrétaire du cabinet, au sujet de l'élection de M. Dubois, le traducteur de Cicéron et de S. Augustin. Après avoir dit à ses confrères que le roi a fort approuvé un si bon choix : « Je ne dois pas, ajoute le présij» dent Rose, vous laisser ignorer une circonstance qui me semble » mériter une sérieuse réflexion pour l'avenir : c'est la joie que le » roi a témoignée d'apprendre que nos suffrages ont été libres , et » sans mélange de la moindre cabale ni recommandation étrangère. » Le successeur de Louis XIV a suivi l'exemple de son auguste bisaïeul ; si dans quelques occasions très-rares il a rejeté ou suspendu le choix de l'Académie, au moins il ne lui a jamais prescrit celui qu'elle devait faire ; et la compagnie espère avec confiance , du successeur de Louis XV , la môme faveur , ou, si elle ose le dire, la même justice.
(5) On ne sait qui était le Bardou qui disparut aussi a la faveur des quatre syllabes du nom de Bonnecorse ; on ne connaît pas davantage Titreville : sans le vers de Despréuux, ces deux hommes seraient aujourd'hui profondément ignorés , et le sont presque encore malgré son vers. C'était bien la peine de se moquer de deux mauvais poètes, pour conserver leurs noms a la postérité. Quelqu'un a déjà remarqué que Bavius et Mœvius eussent été condamnés a un éternel oubli, si Virgile ne les eût pas nommés dans une de ses églogues, où môme ils sont amenés assez mal a propos. Il voulait se venger d'eux , et n'a fait que les immortaliser. Utile avis aux écrivains célèbres, qui daignent prendre la peine de répondre aux faiseurs de satires.'
(4) La place accordée à l'abbé de Mauroy, au préjudice deFontenelle,
DE M AU ROY. ay5
fut le premier, mais non pas le seul dégoût que cet illustre écrivain éprouva avant d'entrer à l'Académie. Il vit encore successivement passer avant lui trois autres concurrens, MM. de La Chapelle, de Callières.et l'abbé Renaudot, qui tous trois ensemble , quoique le dernier fût très-savant, ne pouvaient dédommager la compagnie de l'homme vraiment rare à qui elle avait le malheur de les préférer. Si Fontenelle se fût rebuté, comme il était à craindre , de ces refus si opiniâtres et si révoltans ; s'il n'eût pas , à force de mérite et de patience , obligé enfin les barrières de l'Académie à s'ouvrir pour lui , quel reproche amer les censeurs éternels de cette compagnie ne lui feraient-ils pas d'un injustice si monstrueuse? Osons cependant 1 avouer; il ne faudrait en accuser que deux hommes qui, par leur génie et leur renommée , honorent d'ailleurs infiniment l'Académie , Despréaux et Racine, dont la cabale, car pourquoi ne pas l'appeler par son nom , vint à bout de repousser , pendant quatre ans , un écrivain très-inférieur à eux comme poète, mais très-supérieur à d'autres égards, et de faire donner à des sujets beaucoup moins dignes la place sur laquelle il avait des droits si bien acquis. Il est vrai que Fontenelle avait auprès de Despréaux et de Racine un tort irrémissible, celui d'être le complice de Charles Perrault dans la querelle sur les anciens. Aussi Despréaux, qui accordait ses bontés à La Motte, mais qui apparemment lui voyait déjà quelques dispositions aux hérésies littéraires dont il fut depuis le promoteur le plus déclaré, disait de lui avec une douleur trop vive pour s'exprimer noblement : Cest dommage qu'il ait été s'encanailler de Fontenelle.
Cependant l'ami de Perrault et le pervertisseur de La Motte obtint enfin, par sa persévérance, ce fauteuil académique, que non-seulement Despréaux et Racine lui avaient refusé constamment, mais qu'ils eurent bien de la peine à lui pardonner quand ils l'y virent assis : car on voit par la lettre de Racine à Despréaux, rapportée dans l'éloge du président Rose *, que la réception d'un si digne confrère les avait d'abord fort affligés.
Racine le fils, qui, pour l'honneur de son père et de Despréaux, aurait pu se dispenser d'imprimer cette lettre , eut, dit-on, la simplicité d'aller demander à Fontenelle, s'il ne trouverait pas mauvais qu'elle parût. Le philosophe lui répondit, comme il aurait dû s'y attendre, qu'i/ était bien le maître. En ce cas de besoin, Fontenelle aurait dû le prier de la donner.
Le grand Corneille , oncle de Fontenelle, avait, aiusi que son neveu, essuyé plusieurs dégoûts, avant que d'être élu. Salomon, qu'on ne connaît plus, et du Ryer, qu'on ne conuaît guère, lui furent préférés, sous prétexte que Corneille demeurait à Rouen, mais en effet parce qu'il avait le tort d'être meilleur poëte que le cardinal de Richelieu, et par là de déplaire à ce grand ministre. Pélisson, le premier historien de l'Académie , fut si honteux pour la compagnie de cette injustice faite au grand Corneille, qu'après en avoir parlé, apparemment par distraction , dans la première édition de son Histoire ,
' foret cet «-'loge, p. 167.
!!^traDChâ <ef arlic,C daos Ie5 Allions suivantes : mais l'abbé d Olivet a cru devoir les rétablir dans la dernière édition , comme une leçon salutaire pour les académiciens futurs. Ce motif est si louable, que nous ne pouvons, en ce moment, nous dispenser de le partager. Le titre d'académicien , prostitué aux Salomon et aux Mauroy, et accordé si tard aux Fontenelle et aux Corneille, nous fournit une occasion naturelle de terminer cette note par quelques rcllex.oos intéressantes pour les lettres et pour la compagnie.
On a vu que l'abbé de Mauroy n'avait été admis que par une méprise de déférence et de respect pour son protecteur, et que Fontenelle avait été éconduit, pendant quatre ans, à force d7intngues, que le cri pubUc avait enfin déconcertées. N'hésitons donc pomtàledire, avec autant de force que de franchise, malgré l'injustice naturelle aux hommes, à l'égard des talens distingués, il ne manque à l'Académie qu'une liberté absolue dans ses élections, pour voir enfin, parmi ses membres, tous ceux qui sont dignes d'y être admis. Qu'on la laisse écouter la voix de la nation, et se consulter elle-même j qu on ne lui demande, qu'on ne lui prescrive, qu'on ne lui interdise rien que ce qu'elle s'interdirait toute seule, elle ne fera presque jamais que des choix convenables et approuvés. Ils le seront à la vérité plus ou moins, suivant les temps et les circonstances ; les écrivains distingués seront élus un peu plus tôt ou un peu plus tard, mais ils finiront par être élus j et la compagnie , abandonnée à ses propres lumières, aura très-rarement le malheur ou la maladresse de se donner des membres tout-à-fait indignes d'elle. En un mot, qu'aucune force étrangère ne vienne ni gêner ses vues, ni repousser son vœu, et qu'on la censure ensuite, si le suffrage public n'est pas daccord avec le sien. On lui reproche, avec une amertume plus intéressée que sincère, quelques écrivains célèbres qu'elle n'a pas adoptés, et plusieurs écrivains médiocres qu'elle a reçus. Mais on ne voit pas, ou l'on ne veut pas voir que le siècle le plus fécond en grands hommes ne fournirait pas assez de génies éminens pour remplir toutes les places d'académiciens; qu'on ne saurait donc exiger de l'Académie de n'adopter jamais que des écrivains supérieurs , mais que son honneur et son discernement seront à couvert, comme le dit l'abbé d'Olivet son historien, si elle choisit dans tous les temps ce que le siècle produit de meilleur; ajoutons, et ce que les conjonctures, quelquefois contraires à ses vues, lui permettent de choisir. Ainsi, pour apprécier équitablement les choix équivoques ou hasardés que la compagnie a pu faire en quelques occasions, il ne faut pas s'arrêter à ce que la postérité pensera des académiciens sur lesquels ces choix sont tombés; il faut voir ce qu'en pensait le public de leur temps ; il faut examiner si les suffrages qu'ils ont obtenus n'ont pas été pour lors suffisamment justifiés , ou par des succès éclatans quoique éphéjrnèrCS' 2j par ,'îmPoss«n»,«te de trouver des sujets plus éligibles. A l'égard des écrivains illustres dont le nom manque à l'Académie, il serait juste de peser aussi dans la balance de l'équité les raisons qui n'ont pas permis de les admettre : on trouvera presque toujours que ces raisons étaient ou malheureusement trop légitimes, ou d'une
DE MAUROV. v
espèce au moins qui ne laissait pas à l'Académie la lu\ combattre. On verra que l'un de ces auteurs célèbres élaV dans une profession qu'un préjugé , très-injuste sans doute, ma\^ enraciné, a constamment proscrit ; qu'un autre était décrié dans pioion publique, ou par l'avilissement de sa personne, ou par * licence effrénée de ses opinions ; qu'un troisième, par son attachement à un parti réprouvé du Gouvernement , repoussait des suffrages que le monarque aurait rejetés ; que celui-ci était lié par des vœux à une société intrigante et dangereuse $ que celui-là était ou flétri pour ses libelles, ou déjà expulsé de quelque autre compagnie pour des actions avilissantes , ou s'était fermé, par la dureté de son caractère, l'entrée d'une compagnie qui doit chercher les talens avec lesquels on puisse vivre ; que d'autres enfin, soit amour de l'indépendance, soit vraie ou fausse modestie, soit peut-être orgueil ridicule, avaient hautement déclare que la compagnie essuierait de leur part un refus, si elle tournait ses vues sur eux.
Cette apologie générale deviendra plus sensible par des exemples. Quelques écrivains, presque tous auteurs de comédies que le public a jugées, ont remarqué, avec une sorte d'affectation, qu'un grand nombre d'auteurs comiques distingués n'ont point été de l'Académie j ils citent Molière, Ûancourt, Baron, Le Grand , Regnard , Dufrény , Le Sage, Brueys, Palaprat, Piron, Autreau, Joly, Fagan, de Lisle, «ans compter les auteurs vivans qui n'en sont pas encore , ou qui peut-être n'en seront jamais. Avec un peu d'équité , ces écrivains auraient senti que des raisons bonnes ou mauvaises, mais que l'Académie ne pouvait braver sans offenser l'Eglise , l'ont forcée à se priver de Molière; que les mêmes raisons ont exclu Dancourt, Baronet Le Grand, supposé néanmoins que les mauvaises comédies de ce dernier lui donnassent des droits réels, et que les comédies attribuées a Baron fussent réellement son ouvrage, ce qui est au moins trèsdouteux ; que des ordres supérieurs se sont opposés au choix de l'auteur de la Mélromanie ; que le crapuleux Autreau , d'ailleurs sans véritable talent, le dissipateur Dufrény, le joueur Palaprat, et le prêtre scandaleux Brueys , qui faisait le matin une scène de comédie, et le soir un chapitre de son Traité de la messe, se sont exclus eux-mêmes par l'indécence de leur conduite ; que les faibles pièces de Joly, aujourd'hui tout-à-fait oubliées, ne lui méritaient nullement les honneurs littéraires; qu'à la vérité de Lisle et Fagan n'eussent point été déplacés dans l'Académie Française , mais qu'ils ne doivent pas non plus être regrettés par elle comme des auteurs du premier ordre, de Lisle n'ayant laissé que deux comédies, Arlequin sauvage et Timon le Misanthrope, qui sont plutôt de bons ouvrages de morale que de bonnes pièces , et Fagan n'ayant réussi au théâtre que dans trois ou quatre petites comédies, beaucoup moins goûtées aujourd'hui qu'elles ne le furent dans leur nouveauté ; qu'il serait à souhaiter sans doute que les noms de Regnard et de Le Sage se trouvassent dans la liste de l'Académie ; mais que la retraite du premier à vingt lieues de Paris , et la surdité totale de l'autre se sont opposées au désir qu'on avait de les admettre j et que tous deux , vraiserobla-
îl retranché* d'Olivet & t une IcoC g o-