ÉLOGE DE LOUIS COUSIN
I l se destina d'abord à l'état ecclésiastique , ou plutôt il y fut destiné par ses parens , et se prêta sans résistance aux arrange— mens domestiques qui réglaieut ainsi sa vocation. Il étudia en théologie , soutint avec succès la thèse qu'on nomme tentative , et fut reçu bachelier. Mais les circonstances ou s'était trouvée sa famille , et qui en avaient dirigé les vues dans le parti qu'elle lui avait fait prendre , étant venues à changer , sa vocation changea de même, et toujours avec une égale docilité de sa part. Il ne songea plus à se faire prêtre , et se tourna vers une autre profession , celle de la jurisprudence. Assez indifférent sur le choix d'un état , il ne l'était pas de même sur le sentiment de
' Président il la cour des monnaies , ne à Paris le la août 1607 ; reçu à la place de Philippe de Chaurnont, cvcV|ue dWcqs, le i5 juin 1697; mort k *j6 février 17"7.
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ses devoirs , et sur l'obligation de les remplir dans l'état qu'il embrasserait ; il se livra donc d'aussi bonne grâce à l'étude du droit, qu'il s'était livré à celle de la théologie; il fut d'abord avocat , et se distingua même dans cette carrière ; cependant , au bout de quelques annés, il quitta le barreau pour devenir président à la cour des monnaies. Mais comme les fonctions de sa charge , qu'il remplissait avec toute l'exactitude d'un homme de bien, lui laissaient beaucoup de loisir, il consacra ses moinens libres à l'étude des lettres, et surtout à celle de l'histoire ecclésiastique, pour laquelle ses premiers travaux théologiques lui avaient laissé du goût. Il entreprit la lecture des historiens grecs de l'Eglise, et se proposa même de les faire passer dans notre langue par des traductions.
Son premier essai fut la traduction àeY Histoire oVEusebe ; dans sa préface il essaie de justifier son auteur de l'arianisme dont on a voulu le noircir : malgré cette apologie , l'historien grec restera du moins entaché d'hérésie aux yeux de la postérité catholique ; mais heureusement pour lui et pour son défenseur, cette accusation, bien ou mal fondée, n'intéresse plus aujourd'hui personne ; et la plupart même de ceux qui mettent quelque prix à l'ouvrage d'Eusèbe, en liront la traduction sans être fort curieux de la préface.
M. Cousin donna ensuite en français l'histoire de Socrate et celle de Sozonwne , tous deux ariens comme Eusèbe , ou accusés de l'être comme lui; il y joignit l'histoire de Théodoret, évêque de Cyr, qu'on a appelé le V énérable , et sur la foi duquel il est pourtant resté quelques nuages, parce qu'il avait eu l'audace d'écrire contre l'orthodoxe et impétueux S. Cyrille.
Mais de toutes les traductions dont la république des lettres est redevable au président Cousin , la plus considérable est celle de la Byzantine. On appelle ainsi la collection des historiens grecs qui ont écrit les annales du Bas-Empire , depuis la mort de Théodose vers la fin du quatrième siècle, jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs , au milieu du quinzième. Cette populace d'historiens (car, si on en excepte un très-petit nombre, elle ne mérite pas d'autre nom) est absolument dénuée , nouseulement de philosophie et de critique (reproche qu'on peut faire aux Hérodote même et aux Tite-Live;, mais de génie , de goût et de style. Il était cependant utile de faire connaître les insipides compilations de ces écrivains; Y Histoire /ij-zarttine, toute indigne qu'elle est d'être nommée après Y Histoire Grecque et Y Histoire Romaine, n'est pas sans intérêt, quand on l'envisage sous un point de vue philosophique : elle offre alors un spectacle qui mérite quelque attention , par le contraste de su-
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perstitions el de crimes, d'atrocité et d'ineptie qu'il présente à chaque page. C'est une manière assez curieuse de réuVxions pour un iecleur éclairé , que de voir cette suite d'empereurs, ou plutôt de monstres qui ont régné presque sans interruption durant plus de dix siècles , aujourd'hui faire égorger leurs femmes, assassiner leurs fils , crever les jeux à leurs frères , et demain faire assembler un concile pour savoir s'il faut adorer les images comme Dieu, ou simplement se prosterner devant elles , ou enfin les abattre et les briser; s'il y a en Jésus-Christ une volonté simple ou double , deux natures et une personne , ou deux personnes et une nature ; si la lumière du Thabor était créée ou incréée , et si les moines du mont Alhos voyaient réellement à leur nombril, comme ils s'en flattaient , cette lumière invisible et céleste : il n'est pas indifférent pour un sage de jeter quelques regards sur ces tyrans imbéciles , qui , souillés de sang et d'horreurs , s'occupent, s'intéressent, se passionnent même , au risque d'être détrônés , pour toutes les rêveries scolastiques qui troublaient la téte ardente des chrétiens grecs.
Ces raisons donnèrent sans doute à Y Histoire Byzantine quelque prix aux yeux du traducteur, et contribuèrent à le soutenir dans un travail ingrat et rebutant. C'étaient vraisemblablement les mêmes motifs qui lui faisaient aimer l'histoire ecclésiastique , si tristement attachante pour les lecteurs sensés qui veulent étudier et plaindre l'espèce humaine; car si l'histoire des arts et des sciences place l'homme à côté des intelligences célestes par la sagacité el par le génie , l'histoire des querelles et des massacres théologiques le met au-dessous des tigres et des singe» par la barbarie et par le ridicule.
Un autre travail , non moins estimable , qui a long-temps occupé le président Cousin , est la composition du Journal des Savans , dont il fut le rédacteur pendant plusieurs années. Ce journal, le doyen de tous les ouvrages de cette espèce , a vu sortir de lui une famille très-étendue, dans laquelle il ne s'est trouvé.que trop d'enfans indignes de leur père. (> n'est pas que le Journal des Savans n'ait constamment donné bon exemple à sa nombreuse postérité. Rédigé sous les yeux du chef de la magistrature, et en quelque manière avoué parla nation, il n'a jamais exercé qu'une critique honnête , exempte de passion et de satire. On lui reproche même d'être plus d'une fois tombé dans l'excès contraire, soit en louant ce qui n'en était pas digne, et ce qu'on n'a pu lire malgré ses éloges, car il est plus aisé de se faire louer que de se faire lire; soit en se bornant à des extraits insipides et décharnés , sans vie et sans intérêt : on y désirerait une critique qui serait vraiment utile aux b-llrr*, h 2. j>
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elle joignait à l'examen de l'ouvrage les égards qu'on doit toujours à l'auteur, et si elle montrait autant de justice en louant avec plaisir les beautés , que de goût en indiquant modestement les défauts *. Il est vrai que l'amour -propre des gens de lettres , si difficile à satisfaire , serait plus blessé des critiques , que flatté des éloges ; mais du moins il n'oserait faire éclater ses plaintes ; il cacherait son chagrin sous le voile prudent du silence ; et le censeur honnête et éclairé , dont les décisions seraient ratifiées par le public , finirait par être , nous ne dirons pas loué et chéri des auteurs , car il ne faut pas tant exiger de la faiblesse humaine, mais du moins estimé et peut-être respecté par eux. Malheureusement la raison et l'équité feront toujours sur ce point des représentations infructueuses ; il est plus court et plus commode à un journaliste d'être mordant et satirique, qu'impartial et juste. Il veut, avant toutes choses, être lu , et surtout de celte classe d'hommes qui , incapables d'avoir par eux-mêmes un avis sur les ouvrages nouveaux , sont trop heureux d'en trouver un , quel qu'il soit, dans des rapsodies hebdomadaires , et d'étaler dans leurs petites sociétés du soir le bon goût qu'ils croient avoir appris le matin. Dans ce siècle où l'on a rois le nom d'esprit à la tête de tant d'ouvrages qui , souvent , démentent leur titre , la plupart de nos compilations périodiques pourraient être intitulées Y Esprit des ignorans et des sots.
Le savant journaliste dont nous parlons dédaigna cet avantage éphémère et frivole ; jamais il n'oublia que dans sçs extraits il était rapporteur et non juge. Persuadé qu'il est plus avantageux pour les lettres de marquer ce qu'il y a de bon dans un ouvrage, que de s'appesantir sur ce qu'il contient de mauvais , il était plus attentif à délerrer dans le fumier la perle qui s'y cachait, qu'à remuer fa sti dieu sèment un monceau de décombres pour en écraser le malheureux qui avait eu la sottise de les rassembler; genre d'équité , ou plutôt de tact et de goût, bien rare dans les faiseurs d'extraits , et qui a surtout été celui de Bayle dans ses Nouvelles de la république des lettres. Aussi les journaux de Bayle se lisent encore au bout de cent années ; et on peut dire des journaux comme des vers, quil ny a de bons que ceux qu'on relit.
Malgré les précautions du président Cousin pour ne blesser aucun de ceux dont il analysait les productions, Pamour-propre de quelques écrivains et de leurs amis fut encore plus chatouilleux que le journaliste n'était modéré. Un homme ( l'abbé Fra-
« |j<»s Mirait* qu'a fails M. Gaillard noua paraisarm un module de celle çiili<]U« honnëlt cl judi«ici»« qu'on y a bi auurcnt dvairec*
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guier)qui depuis s'est fait un nom dans les lettres , ami et ci-devant confrère du P. Bouhours, fut blessé de ce que le président Cousin n'avait pas assez loué une des dernières productions de ce jésuite; ce qui signifie, pour le petit nombre de ceux qui lisent encore le P. Bouhours, que te journaliste avait été juste. Cependant l'ami du jésuite lança contre le journaliste quelques épigrammes d'autant plus déplacées, que l'objet n'en était rien moins que littéraire ; on y déplorait malignement la stérilité du mariage du président Cousin , qui n'avait pas , disait-on , le double talent d'André Tiraqueau », celui de faire tous les ans un enfant et un livre. Cette stérilité était un sujet de plaisanterie bien précieux pour des poètes mécontens ; elle fournit aussi quelques épigrammes à un autre écrivain, au compilateur Gilles Ménage , 'qui, se croyant offensé par quelques phrases très-innocentes du président Cousin , assaillit son antagoniste avec toute la vigueur du y adius de Molière , en vers grecs , latins et français. Le jour-, naliste, de son côté, répondit à Gilles Ménage, ou plutôt à ses mânes , par l'éloge ironique qu'il fit de ce savant , mort peu de temps après. C'est la seule occasion où le ressentiment ait empêché M. Cousin d'être rigoureusement juste; mais ses adversaires , bien moins justes encore, l'avaient cruellement maltraité ; et quel est l'écrivain qui n'ait pas été homme une fois en sa vie ? Sans doute il eût mieux fait d'imiter ce P. Bouhours , dont nous venons de parler , et qui , attaqué par le même Gilles Ménage avec un torrent d'injures , en recueillit une centaine des plus grossières , avec ce peu de mots qu'il mit au bas : Il faut avouer que ce M. Ménage est un homme bien poli*.
Tout auteur qui s'érige un tribunal où ses confrères sont cités, doit s'attendre , quelque indulgent qu'il se montre , à être luimême cité par eux , et rigoureusement jugé sur ses fautes les plus vénielles. Ceux qui croyaient avoir à se venger du président Cousin , lui reprochaient surtout avec confiance les innovations qu'il avait osé faire dans l'orthographe ; ils se plaignaient amèrement de ces innovations qui détruisaient , selon eux, l'étymo-
' Célèbre jurisconsulte français du seizième siècle, qui a laisse* beaucoup d'ouvrages, et qui de plu» fut père d'une nombreuse famille.
1 Le président Cousin et Ménage avaient commencé par être intimement nui*; odium ex intima sodalitate cœperat. Lorsqu'en 1684 Ie commis des finances, Bcrperet, fut préfère' par l'Académie Française a Ménage son concurrent , celui-ci avoua qu'il se serait consolé de cette injustice , si on avait au moins donné la place à son cher président Cousin , qui avait , disaii-il , tant de mérite et de bonnet qualité». Cousin ne fut de l'Académie que douze ans après : il y vit encore passer plus d'un Bergeret avant lui; et Ménage , qui mourut avant cette époque, brouillé sans retoor avec son ancien ami, n'aurait pas rraisemblablemeot applaudi pour Ion a sou élection , quoiquo ai juste et si taidive.
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logie des mots : ils croyaient bien plus essentiel de se conformer, en écrivant, à cette précieuse étymologie , qu'à la prononciation ; ils oubliaient que les Italiens et les Espagnols, plus téméraires ou plus sages que nous , ont suivi un principe tout opposé, persuadés que la première loi de l'orthographe est de tracer les mots comme on les prononce. Ils oubliaient même que dans un grand nombre de mots, l'orthographe française a fini par braver l'étyraologie , après s'y être long-temps soumise1. Il ne faut pas douter, pour l'honneur de la raison , qu'elle ne fasse taire enfin quelque jour les préjugés érudits ou absurdes qui nous fout écrire d'une manière et lire d'une autre. Mais il faut avouer aussi , que la seule autorité du président Cousin , quelque bien fondé qu'il pût être dans les innovations qu'il hasardait, ne suffisait pas pour renverser en un moment ce que des autorités et des années sans nombre avaient cimenté, et qui ne peut être détruit que par un nombre au moins égal d'autorités imposantes et peut-être de siècles accumulés \
A la profession épineuse de journaliste , le président Cousin en joignit une autre , qu'il exerça avec la même probité , celle de censeur royal: cette place, comme l'a dit plaisamment un auteur célèbre , est proprement un emploi de commis à la douane des pensées , et n'est guère plus agréable , soit pour ceux qui l'exercent, soit pour ceux qui en souffrent, que le métier de commis à la douane des fermes. Un censeur royal doit se regarder avec regret comme une espèce d'inquisiteur subalterne , qui se trouve à tout moment dans la nécessité fâcheuse , ou de se
• Tels sont les mots fantôme, colère, et beaucoup d'autres. Suivant IVtymologic, on devrait écrire phantôme , cholère ; et c'est ainsi qu'on écrivait autrefois.
' Un exemple frappant suffira pour faire sentir avec quelle lenteur l'orthographe se réforme parmi nous. Dan» l'édition du Dictionnaire Je t Académie donnée en l"4°< édition qui dcpni> a été suivie d'une autre , ou a supprimé quelques lettres doubles, tiè» - inutiles en efl'ct dans certains mots, comme atelier, jetter , etc. , qu'on a écrit appeler, jeter; cette 01 thogrnphe est lit^-raisonnabie , la réforme est très-légère , et le Dictionnaire de l'Académie , nous pouvons le dire sans prévention , semble faire une espèce de loi pour la manièie d'écrire los mots. Cependant il n'y a jusqu'à ptésent qu'un trèVpetii nombre d'écrivains qui aient adopte cette réforme ; tous y viendront sans doute, mais n'y tiendront que peu a peu, à la suite les nu* des autres , rl «>ans y être ou sans s'y croire forcés.
La compagnie avait formé, il y a quarante ans , le projet d'un Dictionnaire orthographique , pour fijer l'orthographe française. Ce piujct fut bic Mot abandonné, et a dû l'être pour deux raisons; parce que l'Académie, n'ayant ni le pouvoir ni le droit de réformer l'orthographe, peut seulement déposer de Toi Olographe actuelle ; cl parce qu'en déposant de celte orthographe, elle ne peut se flatter d'en empêcher les variations future» , et par conséquent «le la fi.rrr. Le temps et la raison ont, à la longue, plus de lorre que les iuiupartie*.
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rendre odieux aux auteurs qu'il mutile , ou de se compromettre par son indulgence. Le président Cousin sut éviter ce double écueil ; il trouva le secret si difficile de conteuter, par la censure , les auteurs qui voulaient jouir d'une liberté honnête , et de satisfaire le gouvernement, toujours scrupuleusement attentif à empêcher que cette liberté ue dégénère en licence. Néanmoins la bonté même avec laquelle il exerçait ce métier rigoureux fournit encore matière aux satires de ses ennemis. On trouve dans un de ces recueils de mensonges littéraires , publiés sous le nom d'Ana , qu'il approuva le Télémaque de Fénelon , comme fidèlement traduit du grec. Quand ou prête des inepties à un homme de mérite, il faudrait au moins les rendre plus vraisemblables ; il faudrait ne pas imputer une bévue grossière et une ignorance absurde à celui qui a fait ses preuves d'exactitude et de savoir ; mais , à la grande satisfaction des barbouilleurs de papier dont la littérature abonde , il ne s'agit pas de dire la vérité dans ces anecdotes critiques , ramassées et compilées au hasard , il s'agit de faire rire un moment le public , qui même ne rit pas toujours.
Traducteur , journaliste et censeur des livres , le président Cousin semblait avoir borné son travail â s'exerce^ sur celui des autres. Néanmoins, la fidélité de ses traductions, et le mérite de son journal, le firent juger digue d'entrer dans l'Académie. Il remplit parfaitement l'idée qu'on avait eue de lui , par le savoir qu'il montra dans les assemblées , et par un caractère de douceur , de politesse et de tnodestie qui le rendirent cher à ses confrères. Si l'Académie est une société de gens de lettres , c'est , avant toutes choses , une société; et si le mérite seul a droit de frapper aux portes de cette compagnie , c'est aux qualités sociales à les faire ouvrir.
Le président Cousin avait prouvé par ses traductions combien il était versé dans la langue grecque. Parvenu à l'âge de soixantedix ans, il entreprit d'apprendre l'hébreu; c'était commencer un peu tard. Mais son motif au moins était louable ; il voulait lire l'Écriture dans les originaux, et se mettre en état d'apprécier les objections des incrédules sur l'infidélité des traducteurs et des copistes. Il ne poussait pas à la vérité l'enthousiasme pour l'hébreu au même degré que ces sublimes rabbins, qui ont prétendu que Dieu, avant la création du monde , était uniquement occupé à la contemplation des caractères hébraïques ; mais il regardait cette langue comme un idiome précieux et sacré , dans lequel sont écrites les seules choses qu'il importe à l'homme de savoir. Il regrettait beaucoup que son âge ne lui permit pas de joindre à l'étude de l'hébreu celle de Ja langue arabe ; qui exige infini-
ment plus de travail et de temps , mais qui en effet mériterait bien , surtout aujourd'hui , que nos savans la cultivassent ; la littérature grecque et latine , presque entièrement épuisée par eux , semble n'avoir plus rien d'intéressant à leur offrir ; au contraire , les auteurs arabes , encore très-peu connus, leur présentent une mine féconde , qui ne demande que des mains habiles pour être mise en œuvre , et qui , par les trésors dont elle enrichirait l'histoire , les sciences et les arts , payerait au centuple les frais de l'exploitation.
M. Cousin ne se contenta pas d'avoir été utile aux lettres pendant sa vie , il voulut l'être après sa mort. Il a fondé à l'Université plusieurs bourses, et a contribué, par ce moyen , à lui donner d'excellens sujets; car l'expérience prouve que la classe des étudians pauvres est celle qui se dislingue le plus dans nos collèges: le talent sans fortune , et l'ardeur qui naît du besoin de s'instruire, sont le gage le plus assuré d'une excellente éducation 1 . Un autre service que le président Cousin a rendu aux lettres , et dont elles goûtent journellement les fruits , est d'avoir légué sa bibliothèque à celle de Saint-Victor , avec un fond de vingt mille livres pour l'augmenter.
On voit par ces détails de la vie de notre académicien , que sa mémoire doit être chère à ceux qui connaissent le prix du savoir et des vertus; s'il n'est pas dans la république des lettres au nombre des hommes illustres , il en a du moins été un membre très-estimable par ses qualités personnelles; éloge que n'ont pas toujours mérité les écrivains célèbres par leur génie. Dans les académies comme dans l'Etat , tous les citoyens ne peuvent pas être de grands hommes ; mais- rien ne les dispense d'être honnêtes et utiles.