ELOGE DE CÉSAR D'ESTRÉES
Le cardinal d'Estrées fut à la fois homme d'Etat et académicien ; mais nous ne parlerons de l'homme d'Etat qu'autant qu'il déploya dans les affaires importantes dont il fut chargé les talens qui l'avaient fait adopter par la compagnie , et surtout l'art de la parole et de la persuasion qu'il possédait à un degré supérieur. Il fut nommé de bonne heure à l'évêché de Laon ; et le premier usage que fit Louis XIV des talens du jeune prélat, fut de le nommer pour médiateur entre le nonce du pape et quatre évêques français, réfractaircs très-obstinés à la condamnation de Jansénius : la négociation était d'autant plus diflicile, que la querelle roulait sur un point de théologie, bien futile à la vérité par lui-même , mais auquel les quatre évêques croyaient l'Eglise et leur conscience vivement intéressées ; il s'agissait de celte grande question : Si Vévcque d'Y près avait soutenu dans ses ouvrages la doctrine dont on l'accusait, et que les deux partis Raccordaient d'ailleurs à condamner; les sectateurs de Jansénius disaient à ses adversaires : Si les cinq propositions qu'on lui impute sont en effet sa doctrine , montrez - les - nous dans non livre , nous signerons sa condamnation ; et les adversaires de l'évêqued'Ypres écrivaient de gros volumes pour prouver que si les cinq propositions n'étaient pas en nature dans ce terrible livre, le poison y était au moins eu substance *. Tel était l'objet
' fcvèqiie de Laon , commandeur des ordres du roi , ne le 5 Terrier i6a8 ; reçu à la place de Pierre du Ryer, le 3i mars i658; mort le 18 décembre 1714.
' Les ptaisans du parti janséniste racontent qu'un ecclésiastique achetait clic* un libraire l'ouvrage de Jaa»vniu», qu'il trouvait fort cher. Au moins ,
de celte querelle, à laquelle néanmoins l'Eglise de Rome, celle de France , et même le grand Bossuet , firent l'honneur de s'en occuper L'évêque de Laon , chargé d'une négociation où d'illustres prélats attachaient tant de prix , eut besoin de toute sa modération, de toute sa patience , de toute son adresse, pour aliéner les esprits à un accommodement qu'on appela la paix de Clément JX, et même, dit Voltaire , la paix de l'Eglise, quoiqu'il fut question d'une dispute ignorée ou méprisée dans h: reste du monde chrétien; encore celte paix ne dura -t- elle que peu de temps , parce que de part et d'autre les conlendans voulaient la guerre , dont ils avaient besoin pour faire parler d'eux.
La cour de Rome , de concert avec celle de France , récompensa l'évêque de Laon d'un chapeau de cardinal, sinon pour la paix perpétuelle qu'il n'avait pu faire, au moins pour la trêve qu'il avait su obtenir; et bientôt après » le roi le chargea des a (Ta ires de France auprès du pape. La circonstance était délicate, les esprits étant alors fortéchauiréset les deux. cours fort aigries au sujet de l'affaire de la régale'. Cependant, malgré les bravades et les insultes même du souverain pontife, Louis XIV, alors la terreur de l'Europe, faisait à l'Eglise romaine l'honneur de la ménager ; et ce prince, qui n'opposait à ses plus redoutables ennemis que la fierté et la force, daignait descendre aux négociations avec le vieux prêtre successeur de S. Pierre. Nous n'hésitons point à donner à l'évêque de Rome ce titre modeste, que prenait autrefois humblement un pape orgueilleux , tout glorieux d'avoir soumis à ses volontés, dans un siècle d'ignorance, un puissant empereur 3, en ne repoussant les armes du prince qu'avec les clefs qu'il tenait dans ses faibles mains. Louis XIV, fidèle à sa qualité de roi tris-chrétien, mais placé dans un siècle moins timide et plus éclairé , ne voulait ni briser ces clefs autrefois si redoutables , ni laisser briser son sceptre par elles ; et tout irrité qu'il se montrait contre l'évêque de Rome, il était bien résolu de rester toujours le respectueux fils du saint-siége. Le cardinal d'Estrées remplit en digne ministre du monarque des vues tout à la fois si fermes
dit PccclcMJslique an marchand, les cinq propositions y sont-elles ? Si
elles y étaient , répondit le libraire, rota n'auriez pas le livre pour cent écus.
' l'oyez les notes sur l'article de Bossuet.
' forez l'éloge fie Bnssnet , et les note* sur cet éloge.
• Dieu a voulu, disait Alexandre III, qu'un vieux prêtre trimnphdt d'un empereur puissant et te rible. Cet empereur puissant et terrible était le fameux Frédéric TWhcrousse , dont les armes et le courage ne purent résister aux foudre» ecclésiastiques, alors très- respectées des peuples et irèwedouUe* des souveraius.