DU CARDINAL D'ESTRÉES
vers , où , en l'exhortant à conserver la santé dont il jouissait encore , on ajoutait :
Et donne l'exemple a Louis De Tirre un »ièclc et davantage.
Le monarque ne suivit pas l'exemple du snjet , car il mourut quelques mois après lui , ayant dix années de moins , et cependant ayant vécu dix années de trop pour sa gloire, cruellement obscurcie par la fin de son règne , au moins si on en juge par les évéuemens.
On fit à notre académicien différentes épitaphes en vers latins, dont le vers le plus remarquable est celui-ci :
S\vpè virum reges experti recta monentem ,
qui peut se traduire en cette sorte :
Par loi la Téritc te fit entendre aux rois;
éloge qu'on devrait lire plus souvent sur la tombe des évéques, mais qu'on ne s'attendrait guère à trouver sur celle d'un prélat courtisan (2).
Il avait fait présent à Louis XIV de deux grands globes de Coronelli , de près de douze pieds de diamètre , ornés d'une inscription à l'honneur du monarque. lis ont été transportés depuis à la bibliothèque du roi, dont ils devaient faire un des principaux ornemens , et dans laquelle on les a long-temps cherchés en vain. On assure que le malheur des circonstances avait empêché de faire les dépenses nécessaires pour placer ces globes dans un lieu où la ' nation et les étrangers désiraient de les voir. Gémis— sons d'une si fâcheuse excuse; mais respectons-la dans notre douleur, au moins si Je malheur des circonstances n'a pas permis des dépenses plus onéreuses et plus inutiles. Ces globes sont enfin placés aujourd'hui dans le lieu qui leur était destiné ; le public les y voit avec autant de plaisir que de reconnaissance pour ceux qui l'ont fait jouir d'un bien auquel il avait droit depuis si long-temps.
NOTES
(1) On assure que le cardinal d'Estrécs cultiva jusqu'à la poésie , dans les rnomens que lui laissaient des occupation.* plus importantes ; et on lui attribue les vers sur la violette dans la guirlande de Julie , ouvrage de tous les beaux esprit* de l'hôtel de Rambouillet , à l'honneur de la ce-
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lèbrc Julie d'Angennes , depuis duchesse de Montausier. Chaque fleur de cette guirlande rendait hommage à Julie , et celui de la violette réunit tous les suffrages.
Simple dan» ma couleur, modeste en mon séjour, Libre d'ambition , je me cache sous l'herbe; Mais si sur votre wîn je puis roc voir un jour , La plus humble de* fleurs sera la plu» superbe.
Dans quelques Ana, on attribue ces vers a Dcsmarets , qui , en ce cas , n'en aurait pas fait demeilleurs. Voyez , si vous le pouvez , ses pièces de théâtre , son Ciovis et ses autres rapsodies poétiques.
Un académicien français , aujourd'hui oublié , Claude de l'Etoile , fit pour la même guirlande ces vers sur le Narcisse adressés aussi à Julie :
Epris de Pamonr de moi-même , De berger que jVtais , je devins uhe fleur.
Ah! profitez de mon malheur, Vous que le ciel orna d'une beauté suprême j El pour en éviter les coups , Puisqu'il faut que chacun aime , Aimez un- autre que vous.
On prétend que le cardinal d'Estrées fit aussi des vers galans pour madame de Maintenon dans le temps de sa plus grande faveur. On ajoute même que ces vers avaient été dictés par un sentiment plus vif que la simple galanterie. Que ce sentiment ait été réel ou supposé , madame de Maintenon n'y répondit pas ; elle portait ses vues bien plus haut , et Ton sait quel eu fut le succès.
(a) Le cardinaTd'Estrées s'était montré digne dans tous les temps de Vattachemcnl que les gens de lettres lui témoignèrent. On a vu combien ses confrères le chérissaient ; il avait su de bonne heure se faire aimer des littérateurs célèbres. Dès sa première jeunesse , long-temps avant son élévation , il leur donnait des marques flatteuses de son affection et de son estime. Ménage , qui avait lung-temps vécu avec fui dans la plus intime familiarité , lui applique le mot que Tacite fait dire à un général romain au sujet de l'empereur : Cum priva tus esset , amici î»ocabamur: (Lorsqu'il n'était qu'homme privé , on nous appelait amis.)